Pendant que Domingo se dirigeait vers le Chinatown de LA, sorte de « Cité Interdite » enclavée dans Downtown, Danny se trouvait dans la salle d’autopsie avec Lauren.
La jeune femme ne se séparait jamais de sa profonde timidité et le présence du « roc » mexicain, même si il la rassurait, la rendait assurément encore plus gauche qu’à l’habitude.
Quand il lui tendit son gobelet, elle avait failli le renverser avant de se confondre en plates excuses.
Sûr que Danny lui avait toujours fait de l’effet, mais il était toujours aussi inaccessible, victimes de blessures définitivement trop profondes.
Inaccessible il l’était encore plus depuis quelques temps, il était changé, limite transfiguré et cela avait enlevé les derniers espoir cachés de Lauren.
Un « Mhhmmhhh » bien senti de Danny l’avait ramenée à la réalité, assorti d’un léger sourire amusé du mexican.
Lauren commença donc devant lui son rapport d’autopsie. Les 2 jeunes filles étaient deux jeunes filles asiatiques dont l’âge se situait entre 15 et 19 ans.
En dehors des violences qu’elles avaient subies, on pouvait dire d’elles qu’elles étaient en très bonnes santé et qu’elles prenaient énormément soin d’elles.
Le tatouage signalé par Domingo ainsi que cet entretien quasi clinique de leur corps faisait qu’on pouvait indéniablement les classer –avec l’appréhension de rigueur devant une telle pratique, étrangère des mœurs californiens classiques- comme des courtisanes de luxe.
Peau laiteuse, cheveux soyeux, ongles si soigneusement manucurés et autres coquetteries plus intimes signalaient en effet en plus du tatouage cette appparente appartenance à cette caste.
Tremblante de dégout devant le jeune âge des jeunes femmes, Lauren sentait aussi la tension intérieure de Danny, dont le jointures des doigts avaient bien blanchi.
Elle se reprit et passa aux blessures apparentes des jeunes femmes.
« première chose : pas de trace de sévice sexuel aucune des deux, pas de trace deviolence physique volontaire comme des traces de coups que ce soit au visage ou d’une arme contondante sur le crâne ou derrière la tête.
Les analyses toxicologiques nous montreront d’ici peu… »
Voyant Danny se renfrogner, Lauren se rattrapa vite…
« … très peu de temps Danny, une heure pas plus… nous montreront donc si elles ont été droguées.
La mort a été causée, après une longue et évidente agonie, par une ouverture très violente de la cage thoracique avec une instrument très coupant encore à déterminer et d’après les traces que j’ai pu trouver sur les cages défoncées et plus particulièrement sur les morceaux de cartilage, arrachée avec les mains, ce qui expliquerait tout ce sang sur elles et à côté.
Le cœur lui, a été ôté, visiblement arraché.
Dernier détail, et pas des moindres… mmmer… »
Lauren se précipita rapidement vers un de ses petits lavabos de travail et se fendit d’un petit et non moins fort peu délicat vomito, chose assez inhabituelle pour un légiste.
Danny se dit d’un autre côté que cette affaire n’avait franchement rien d’habituel.
Lauren se releva pénblement après avoir vérifié qu’elle était de nouveau présentable.
« dernier détail, Danny, et pas des moindres, la coagulation du sang telle qu’on l’a trouvé nous monte une chose essentielle : elles étaient encore vivantes lors de l’ablation du cœur. L’énigme consiste à savoir si elles étaient droguées ou non à ce moment.
C’est là que les analyses toxicologiques jouent leur rôle. Voilà Danny, c’est tout ce que j’ai pour l’instant. »
Retournant à ses 2 corps et les recouvrant de manière pudique et respectueuse de leur drap blanc respecti, elle se signa puis se retourna vers Danny. Elle avait les larmes aux yeux.
« Bordel Danny, trouve ceux qui ont fait ça, personne ne mérite de subir un truc pareil. Seul un taré peut faire ça, et il doit être sacrément dangereux…
De mon côté je bosse sur les derniers détails et je te donne le résultat des analyses dès que je peux, OK ? »
De son côté, Domingo s’était garé à côté des grandes portes de Chinatown et s’échinait à convaincre les membres de la garde de son bon droit à pénétrer dans ce sanctuaire de la vie chinoise angelinos des années 2030.
Il avait peu de contact parmi cette population mais devait rencontrer Benny Chan, alias Oncle Benny, un responsable de triade mineure qui le recardait parfois.
Sa carte de COPS étant le plus sûr moyen de rentrer, il la montra aux impassibles gorilles qu lui ouvrirent enfin le passage.
Il se glissa donc dans les profondeurs de cette Chine reconstituée au milieu d’une file sans fin d’asiatiques venant y travailler ou y faire des affaires.
Il se sentait étrangement seul au milieu de toute cette foule, si différent, si visible en même temps.
Mais bon plus vite il aurait trouvé oncle Benny, plus vite il se sentirait un peu plus en sécurité…