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 Background PJ Lacenaire: Beyond the stars

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MessageSujet: Background PJ Lacenaire: Beyond the stars   Mer 6 Juin - 14:30

Bah voilà, c'est mon délire, ma bataille: les historiques à rallonge et à tiroir... On me commande 10/15000 signes, j'en ponds 10 fois plus. Allez comprendre...

Des fois je me hais. silent

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MessageSujet: Re: Background PJ Lacenaire: Beyond the stars   Mer 6 Juin - 14:30

Banlieue londonienne, 1987 (1)

Un gamin se tortille dans son lit, les paupières closes, de la sueur imbibe ses draps, empoisse sa couette. Parfois des gémissements passent la barrière de ses lèvres scellées ; ses parents n’y prêtent plus aucune attention, malgré les conseils du psychologue. Comme si le miracle annoncé, petites pilules salvatrices, ne méritait même pas qu’on prête garde à son échec. Plutôt s’abrutir de télévision et de mauvais vin, piqué dans la réserve de l’épicerie de quartier où travaille le père. Tandis que le môme se recroqueville, la gorge sèche et des larmes dégringolant ses joues. Mais rien n’y fait, les rêves sont toujours là.
La créature qui les hante également.
« Ténèbres ombres ténèbres, mamelles de la lumière et enfançons de malheur, susurre la voix. Obsidienne et jais, nuit profonde et étoiles égarées. Mon trésor est ainsi mon âme s’illumine. Ombres ténèbres ombres, ce dont je suis fait. A moitié, moitié d’apparence. Le feu brûle sous les échardes de charbon, la braise s’étiole et prend son envol. Ténèbres ombres ténèbres, pour clore mon châtiment. Qui veut tâter de mon trésor tâte de ma rage, clore les jours des ambitieux rapiécer leurs espoirs. Frêles silhouettes dans les ombres, vaniteux s’aventurant dans les ténèbres, preux qu’engloutissent les ombres. Un brasier consume leurs âmes, au tréfonds de la nuit. Incendies qui s’élèvent, sans chasser les étoiles. Ténèbres ombres ténèbres, litanie de malheur pour les avares, ombres ténèbres ombres, prière muette des braves. »
La caverne résonne de ces mots délicats, à en abîmer les tympans du garçon en pyjama. Il est adossé à une pierre, larmoyant, ses mains plaquées sur les oreilles. Il devine pourtant la créature, quadrupède, enrobée dans ses ailes, d’un noir de jais. Massive, bestiale, son crâne hérissé de barbelures, pour rehausser cette énorme mâchoire, capable d’enfourner vingt comme l’enfant. Un cou hérissé d’une échine tout en piques. Le tout, illuminant la caverne, projetant des ombres malveillantes sur ses murs, s’embrase. Du fond de sa gueule surgissent des glaviots de lave, des langues de flammes les accompagnent. Sous ses massives écailles un incendie couve, gagne en férocité, jusqu’à jaillir des pores, nimber des griffes démesurées. La bête hurle – envolées, les syllabes qu’elle chuchotait, ailleurs, ses douces intonations, rapides et parfois saccadées. Ce cri ébranle les stalactites, en brise certains. Pluie de graviers, de poussière et de gravas. L’horreur n’a plus de frontières, le gamin hurle à son tour. La bête a ouvert les yeux. Des puits de ténèbres, habités d’une étincelle tenace. Sous ce regard abyssal la pierre se fend, ainsi que son corps, si petit, si maigre.
Alors il y tombe, il s’y noie.
Jusqu’à craindre, chaque matin, de s’y réveiller, cauchemar sans fin. Sans que cela n’arrive, une fois l’aube venue. A l’heure du petit déjeuner les programmes pour enfant, sur le petit écran de la cuisine, sinon un silence pesant, qui s’empare volontiers des six mètres carrés. Céréales et lait, pain d’épice et confiture, auquel succède le rituel du sac à dos, des embrassades et du départ. Le bus, les autres écoliers, uniformes réglementaires et graines de potence en pagaille. Parages mornes, que la crasse des industries a tôt fait de souiller, gris plus ou moins profond. Du chahut à revendre, à l’arrière du bus, les rappels à l’ordre du chauffeur exaspéré, cette espèce de monotonie, le ronronnement des pneus sur le bitume. La descente, chaos sans nom, que réprouvent déjà les instituteurs, la cour de récréation, son anarchie, le brouillon de vie qui se dessine, les groupes qui se forment, éclatent, se reforment. Brève escapade d’avant une journée de leçons, entrecoupée de pauses et du déjeuner – cantine intenable, des jupes que soulèvent les garçons et batailles de nourritures vite interrompues par le marmiton en personne. Et un gamin, des cernes bleus prononcés, seul, silencieux, au milieu du raffut et des disputes. Attablé à son pupitre il rêvasse, les yeux perdus au loin, souvent par-delà les grandes vitres ; devant son repas il grignote, s’efforce de suivre les conversations, en vain. Tout bouge trop vite, les lèvres des autres, leurs bras, leurs têtes. Si ce ne sont ses notes, rien ne le sauve aux yeux de ses petits camarades, c’est un attardé. Un débile, un truc du genre. A ce point insignifiant et absent que les mânes ne l’affublent d’aucun sobriquet. Autrement il avoisine les meilleurs résultats de l’établissement agité, sans produire plus d’effort que cela.
Puis après l’étude, il faut rentrer.

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MessageSujet: Re: Background PJ Lacenaire: Beyond the stars   Mer 6 Juin - 14:31

Irak, 2007 (2)

Ténèbres, voilà ce qui tombe sur les yeux du soldat.
« Pitié pitié pitié pitié pitié, anone-t-il. »
Tout son corps est prit de convulsions, il n’en étreint pas moins le crucifix contre son cœur. Entre ses doigts poisseux de sang, pareil à un naufragé s’accrochant désespérément à un récif. Un voile d’ombre recouvre ses iris, y éteignant toute velléité de vie. Son corps déchiqueté par les éclats de grenade se tend une dernière fois, lâche prise. Le médecin soupire, cesse de compresser la plus importante des plaies, celle qui bouillonne encore de sang. Il dévisage l’aumônier qui lui fait face, échange de regard que les cahots du transport de troupe ne brisent pas.
« Il est mort. »
Evidence après évidence le médecin, un trentenaire rasé de près, n’assène que de grandes vérités. Un sang épais barre les traits, doux au demeurant, de son visage. Voilà ce que cette guerre n’a pas abîmé : sa jolie face. Du reste le Caporal Blake n’est plus tout à fait l’homme qui foulait le sol irakien, deux ans plus tôt. Il s’est renfermé avant de se résoudre à enterrer ou à amputer ceux auxquels il pouvait s’attacher. Alors autant ne plus s’attacher du tout, exception faite de l’aumônier qu’il dévisage.
« Pourquoi avoir risqué votre vie, mon Père ? poursuit Blake. »
Au dehors la ville est quasiment silencieuse. Augure de malheur, selon les vétérans.
« Pourquoi ? »
Le prêtre sourit, de ce sourire chaleureux qu’on lui connaît. Cette question, Aaron en a soupé. Pourquoi l’Irak ? s’exaspérèrent ses supérieurs. Un brillant avenir vous appelle de tous ses vœux, mon Fils ! Leur insistance l’avait décidé. Prêtre ? Et puis quoi, encore ? Pourquoi mon aîné irait-il prêcher, hein, pourquoi ? Ce seul échange renforçait sa détermination, à l’époque, au point de le jeter sur les bancs de l’université, à compulser de vieux ouvrages, rédiger mémoire sur mémoire. Alors qu’on le prédestinait aux stades ou aux marathons de légende – peine perdue. Enième nid de poule, tout le fourgon s’ébranle, l’unité tressaute en chœur ; ce sont de braves soldats, à n’en pas douter, mais recouverts de poussières et la mine déconfite. La journée a été rude, les pertes en témoignent, le cadavre sur son brancard plus qu’aucune autre.
« Je ne sais pas, répond-il. »
« Que n’ai-je plus d’hommes de votre trempe, se lamente le chef d’escouade, qui ne réfléchissent pas de trop, et aussi durs que vous, mon Père. Ce serait foutrement plus simple. »
« Si vous permettez. »
« Faites. »
Aaron se penche sur la dépouille, entame une prière muette, à laquelle se joint une partie de l’unité, ainsi que le Docteur Blake. Le temps pour la petite troupe de rejoindre le camps de base, moellons de béton et portique surarmé, le cadavre est consacré, les adieux consommés. Un bout de viande de plus à renvoyer au pays. Aaron se détache du peloton, rejoint sa tente, non loin d’un mirador ; sur son passage des soldats le saluent, lui décochent qui un sourire amical qui une plaisanterie douteuse. Il ne rend la pareille à personne, plus maussade que jamais ; quel feu s’est emparé de lui, pour se jeter dans la fusillade, avec pour seul clairon les cris de l’homme touché par les éclats de grenade ? Il n’en sait rien, comme il ignore quelle lubie le pousse à accompagner certaines patrouilles. Parmi les gradés on le taxe d’oiseau de malheur – rares sont les rondes qui, en sa présence, ne rencontrent aucun problème. Néanmoins c’est avec lucidité et calme qu’il répond aux interrogations et aux briefings. Sous la tente d’autres aumôniers partagent une ration, en guise d’apéritif. Tous plus mornes les uns que les autres, l’année étant placée sous le signe des carnages.
« Pourquoi ? gémissent-ils entre eux. »
Toujours ce mot, creux et sans saveur. L’un d’eux, le patriarche du camp de base, interpelle doucement Aaron quand celui-ci se débarrasse de sa lourde tenue.
« Mon Frère, vous serait-il possible de mener l’office de demain matin ? »
« Certainement, répond l’autre. Quelles nouvelles ? »
Et tous de partir dans de grandes discussions, jusqu’à ce que vienne la nuit, à l’heure où les étoiles envahissent les cieux, plus claires que les pauvres lumières de Bagdad. Tandis que les aumôniers rejoignent, petit à petit, leurs couches, Aaron enfile un manteau, prétexte sa balade méditative du soir et sort. Jamais le camp ne sommeille vraiment : à l’affût d’une attaque, ou dans l’attente du retour des patrouilles nocturnes, il fourmille et s’agite, bête malade. Aaron passe les barrières de sécurité, salue les hommes et femmes en faction, une fois la route passée farfouille ses poches, en sort un paquet de cigarettes, s’en allume une. Invariablement ses pas le mènent non loin de là. Ceux du camp qui lui connaissent cette habitude – les sorties, pas son addiction à la nicotine – se taisent et laissent faire, malgré les risques.
« Comme tout un chacun vous êtes sujets aux règlements, s’évertuent les gradés. Vous ne devez jamais sortir, sous aucun prétexte, du moins pas sans ordre ! »
« Mais, répond-il, et Dieu là dedans ? Et ses ordres à Lui ? »
L’obstination du prêtre paie, alors qu’elle dessert ses supérieurs par intérim. Plus insignifiant qu’un chien abandonné il traverse deux ou trois rues, ainsi qu’une venelle, pas plus, pour trouver son homme. Bien que l’adjectif sied mal à la créature : racornie, emmitouflée dans des vêtements bien trop grands, la chose l’accueille avec autant de chaleur que possible. Un ricanement suffit amplement, Aaron serre ce qui fait office de main, s’adosse à un mur.
« Comment allez-vous, ce soir ? »
Second caquètement sordide, débilité que contredisent des yeux inquisiteurs, impossibles à supporter. Il est ainsi que le prêtre le trouvait, il y a deux ans déjà. Il avait insisté pour participer à l’assainissement d’Abu Grahib, bien que la soldatesque soit incapable de trouver une utilité à un aumônier. Leur déconfiture amusa Aaron : il se trouva des chrétiens dans la prison des horreurs. Après avoir recueilli les confessions de certains bourreaux de la Couronne, il prêta une oreille attentive aux lamentations des victimes. Force fut de reconnaître les bienfaits d’un aumônier, en ces temps troubles. Aaron s’en gausse encore, à l’occasion. Sauf quand il se remémore la rencontre, ce jour-là.
Pour mieux l’oublier, les matons l’avaient remisé dans un coin obscur.
Sa fiche en disait long sur lui. Imam radical, Chiite ou Sunnite, selon les sources, réputé mystique et érudit, versé dans des arcanes sinon enfouies sous les sables du désert, le bonhomme avait été arrêté sur décision de l’occupant, par précaution. Ses discours soulevaient les foules, on le disait coutumier des soirées Baasistes, figure de derrière le trône. N’en restaient plus que cette momie et ses gargouillis. Aaron s’était longuement entretenu avec les officiers présents, argumentant avec soin et délicatesse, pour que la créature soit relâchée, non remisée au tréfonds d’une autre cellule – capitonnée, celle-ci. Il était entré sans trembler dans ce réduit, puant et crasseux, dénué de lucarne, fermé à toute lumière. La respiration saccadée qui avait attiré le prêtre se calma, s’approfondit, souffle rauque. C’est en larmes et terrifié que ressortit l’aumônier. Du fond de la pièce s’éleva une strophe, brève.
« Ténèbres ombres ténèbres, pis de la jouissance marches de l’escalier de gloire, chanta la chose. Ombres ténèbres ombres, comptine des rois refrain des empereurs. »
Depuis, entre deux crises, Aaron lui offre ses repas, veille à sa santé, incapable de s’assurer de sa sécurité ; mais qui irait s’en prendre à une ruine pareille, toute en rides et en escarres ? Personne, assurément. Ce semblant d’homme marmonne des secrets, à la lumière de Phoebe, se procure des écrits anciens, nul ne sait comment, Aaron sait pourquoi. Déjà, planqués sous sa couche, deux parchemins lui ont été offerts. Et la chose prie, et la chose divulgue des incantations sans rien remuer d’autre que de l’air. Et la chose se meurt, voilà qui crève les yeux ; sa respiration s’encombre de glaires et de miasmes, il arrive que sa toux lui broie presque les bronches. Aaron savoure une énième cigarette, l’oreille tendue, son esprit pleinement ouvert.
Pour n’en perdre aucune miette.

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MessageSujet: Re: Background PJ Lacenaire: Beyond the stars   Mer 6 Juin - 14:31

Londres, 2009 (3)

La latte s’écrase sur la joue du jeune homme, le choc achève de le déséquilibrer. Il va s’écraser sur l’asphalte, la bouche en sang et jappant comme une bête. Toute sa bande, les gamines tatouées aussi, se réunit autour du malfrat, Aaron s’avance calmement, alors qu’il aurait pu les dominer. Ne vient-il pas de répandre en pleurs leur leader ? La ruelle, qui longe le flanc de l’église, s’emplit des gémissements de celui-ci. Sa chute durant il a laissé s’éparpiller ses pochoirs, sa bombe de peinture noire, le sac plastique qui contient un chat écorché. Déjà un semblant de pentacle souille les vieilles pierres du lieu de culte.
« Mes enfants, soupire le prêtre, quel affreux spectacle. »
Du bout de sa latte de bois il désigne le début de messe noire. Bien que cela tienne plus du sacrilège bon marché que de la cérémonie impie.
« Quel diable vous a au corps, pour que Père Bolton demande mon aide ? Il m’assure que vous vous en êtes pris à lui. Allons donc, lancer des pierres et des bouteilles de bière vides à un vieux prêtre ! »
La meute recule prudemment, à ce point paniquée qu’elle en oublie sur le pavé son alpha.
« Revenez ! beugle Aaron. »
Il est assez bon comédien pour feindre la colère, les adolescents se dispersent dans la nuit, leur chef aux pieds du prêtre. Un coutelas est glissé à sa ceinture de faux cuir, il l’en dépouille, avant de remettre debout le blessé. L’échasse, pas plus de vingt printemps, chancelle, voit trente-six chandelles danser devant ses yeux mi-clos. Aaron le secoue gentiment, l’assoit sur un tas d’ordures
« Fais un effort, mon Fils, concentre-toi, le coup n’était pas si violent que cela. Tu t’es mordu la langue, voilà tout. Douloureux mais pas mortel, que non. »
Il s’allume une cigarette, l’autre se frotte la tête, geint une dernière fois.
« Que faisiez-vous ici, toi et tes petits camarades en déroute ? Quelque invocation ? Serait-ce un pari stupide, alimenté par les bravades de votre âge, qui aurait mal tourné ? Mais alors comment expliquer que vous ayez caillassé Père Bolton, lui qui est si bon avec ses ouailles ? Vous n’êtes pas du quartier, c’est une évidence. »
« Je… je peux avoir une… »
« Bien sûr que non. Alors ? »
Le jeune homme se tâte, ouvre sa bouche ensanglantée, la referme, avale de son sang.
« Un sort, murmure-t-il pour tout aveu. Nous venions jeter un sort. »
« Un sort ? »
« Oui. »
Aaron se retient d’en rire franchement.
« Quel sort ? »
« Nous voulions recouvrir la ville de ténèbres. D’où le choix de l’emplacement. Pour invoquer les ombres il faut bien bannir la lumière, non ? »
Et si un frisson parcoure l’échine du prêtre, nul ne le remarque.
« Ineptie et hérésie, s’agace-t-il. Casse-toi, reviens quand tu souhaiteras te repentir de ces crimes, mon enfant. D’ici là prie pour remercier ceux qui n’ont pas appelé les flics ! Oust ! »
L’autre prend ses jambes à son cou, manque de s’étaler encore, disparaît au coin d’une rue. Londres papille de milliers de lampadaires, la City fait de la concurrence aux rares étoiles, la rumeur des voitures et des millions de voix sature le silence. Les nuits bagdadiennes, exception faite des escarmouches et des explosions, respectaient davantage le sacré des heures sombres. Aaron s’éprend du spectacle de la conurbation, se laisse lentement glisser dans sa contemplation. Une demi-heure durant, jusqu’à ce que Père Bolton l’appelle de tous ses vœux, via son téléphone portable – maudite époque, dont les méditations sont vendues au tout électronique ! Il s’en retourne à l’intérieur de l’église, gagne les appartements du vieil homme, aménagés au tréfonds de l’édifice.
« Ils n’y reviendront plus, déclare Aaron au Père Bolton. »
A savoir une branche, vive mais souffrante, qui va sur ses soixante-dix ans à la vitesse d’une fusée. Il se décrépit de jour en jour, le plus jeune en mettrait sa main au feu.
« Merci, merci bien, sourit le vieux. Si seulement j’avais encore la force de les châtier moi-même… votre aide est précieuse, Frère Aaron. Vraiment. »
Sa voix a gardé ce timbre puissant, tour à tour sec ou grondant, pareil au tonnerre lointain. Ses oraisons ont encore, alors que l’âge le grignote à toute blinde, leur comptant de succès. En cela, et en un tas d’autres choses, il est un mentor.
« Votre présence est un bienfait meilleur encore, réplique Aaron. Reposez-vous, demain sera une longue journée. Bonne nuit. »
Le prêtre retourne à ses propres appartements, une remise aménagée, qui ne s’encombre que du strict minimum : couette, literie et table de chevet dégueulant des livres et des revues ésotériques. Le reste de sa bibliothèque est soigneusement rangée, classée, avec les ouvrages du Père Bolton, sans quoi Aaron en serait réduit à dormir sous des piles de bouquins. Dans un recoin une petite commode supporte un semblant de miroir, un peigne et de quoi se raser ; un lavabo lui est contigu, les sanitaires sont à l’étage. Aaron se mire un moment dans ce fichu miroir. Depuis son retour d’Irak ses traits n’ont pas regagné en vigueur, encore moins en épaisseur. Emacié, ce visage est mangé par une barbe filandreuse, blanchie tout du long de son voyage. Il se terrifie lui-même, plus besoin de deviner ce qui a horrifié les apprentis sorciers de ce soir. Peut-être lui faudrait-il enfin déboiser ce mauvais poil, faire un effort sur l’alimentation, se ressaisir ? Ces réflexions lui arrachent un rire joyeux. Chaque chose en son temps, l’hiver avant le printemps, et tout ira bien. Aaron se débarbouille, boit une rasade d’eau au calcaire, se prépare à enterrer le chat écorché. Mais pas avant de s’entraîner un peu, de réaliser, encore et encore, son petit miracle. Assit sur son lit, les mains jointes et concentré, il appelle à lui le feu, s’abandonne à sa chaleur et exorcise les ténèbres, abjure les ombres. En lui tout est blancheur sertie de rage, colère pure, qui ne supporte aucune noirceur. Une ferveur s’empare de lui, creuse son être, ne demandant qu’à jaillir. Puis une douce lumière fleurit entre la paume de ses mains, inondant la remise.
« Plus besoin de psalmodier, s’émerveille Aaron. »
Les yeux écarquillés, il fixe l’éclat entre ses doigts. A chaque fois il s’esbaudit ; à la première il en pleurait.
« Ombres ténèbres ombres, adieux. »
Quand bien même il creuse un trou dérisoire pour les deux chatons qu’il a trouvé, le poil arraché et la peau lardée de coups de couteau, un sourire bon enfant lui barre la face. Un prêtre, à deux heures du matin, qui creuse une tombe derrière une église, une chanson qu’il n’ose pas entonner sur le bout des lèvres…
… qu’est-ce que ça a d’anormal ?

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MessageSujet: Re: Background PJ Lacenaire: Beyond the stars   Mer 6 Juin - 14:32

Banlieue londonienne, 1995 (4)

« Mon fils, mon propre gamin, prêtre ? Non, jamais. ENTENDS-TU ? JAMAIS ! »
« Tu seras ingénieur, mon fils, insiste sa mère. Ou bien médecin. Ou avocat, ou courtier, mais pas cureton. Ton père a raison. »
Lorsqu’il faut s’entendre, ces deux-là le font exclusivement sur son projet d’avenir. Sinon ils ne communiquent plus, sauf lorsqu’il faut se trouver un repas ; le patriarche n’en peut plus de boire, une cirrhose lui dévore le foie. Sa compagne ne sait donc plus où trouver de quoi se saouler, aussi se lance-t-elle à fond dans cette nouvelle lubie : la bouffe. Autrement la télé crache en permanence son flot de programmes, second point sur lequel un accord est vite convenu : zappe qui veut, il y a un écran dans chaque pièce, sauf les chiottes et la salle de bain. C’est ce soir, celui de son quinzième anniversaire, qu’Aaron annonce sa décision.
Jusque là l’adolescent avait été l’exemple même de la pondération.
Evitant avec soin les jusqu’au-boutistes de son age, il frayait son bonhomme de chemin, d’année en année et examen après examen. Ses professeurs le voyaient déjà, un joli siège calé sous son séant, à la Chambre des Lords – pour peu qu’il côtoie les bonnes personnes, intègre certains cercles fort restreints. On convoqua les parents pour qu’un tel potentiel ne soit pas gâché : un véritable choc de cultures. Devant le refus obstiné des géniteurs à laisser leur progéniture courir à travers l’Europe, pour y apprendre les langues, les éducateurs optèrent pour l’internat. Nouvel échec, qui mit un terme à cette étrange rencontre. Aaron retourna donc à son bahut sordide, habité par plus d’âmes en peine que d’élèves ; lui savait y faire, quand il fallait se garder du chaos et des épisodes malheureux de la cour de récréation. N’être pas la cible des vilénies, le jouet que d’un ou deux quolibets. Malgré ses notes et son mutisme, un bel exploit, on se doit d’en convenir. Puis cette idée, tenace, venue d’entre deux cauchemars, alors que la réalité se mue en coton et que, béantes, les portes du rêve dégueulent de démons et de chimères. Le soir de ses quinze automnes, les bougies sur le gâteau encore allumées et les bouteilles de champagnes déjà sifflées – le dernier plaisir alcoolisé du père – il annonçait sa décision.
La réponse, on la connaît.
Il n’en fallait pas plus, pour que le chaton se métamorphose en lion ; si mignon, si discret, tout en miaulements timides et en ronronnements inaudibles, Aaron pensait l’être. De cela, sans coup férir ni méditer sa mue, il peut tout aussi bien s’imaginer vieux fauve mugissant, teigneux et sans bon fond. De la plus insignifiante des bêtes, sur lesquelles on marche sans y prendre garde, au plus hargneux des cons, il n’y a qu’un pas. Il le franchit sur l’instant, quitte la table sans un mot, regagne sa chambre, ni ne se dévêtit ni n’allume de lumière. Il se vautre simplement sous ses couettes et plonge dans ses rêves, y trouver ce qui l’accueille depuis quinze ans ce soir. Au petit matin Aaron se lève avant tous, se lave, part au bahut, sac jeté sur le dos. Vision habituelle du chemin de l’école, un malingre boutonneux est molesté par des brutes en uniforme, Aaron passe. Grillages aux pieds desquels s’amoncellent, offrandes à quelque dieu païen, des canettes de bière vides, des capotes usagées. Une poignée de seringues, ni plus ni moins. Enfin le bahut, bâtiments gris encerclant une vaste cour, son raffut et ses exclamations, les coups de sifflet et les rangs de gamins et de gamines qui se délitent et se mélangent. Il se mêle à eux, incognito, avec eux rejoint sa salle, sac à dos jeté sur l’épaule. Contrairement aux autres il ne s’assied pas. Pire : il reste là, planté devant le professeur. Ce dernier, couvert de tâches de rousseur et la quarantaine ventripotente, le dévisage, étonné.
« Un problème ? »
Aaron lui rend son regard, à mi-chemin entre le bovin patibulaire et le canidé penaud.
« Asseyez-vous, jeune ho… »
Le glaviot lui cingle presque la face, se mêlant aux relents de duvets roux et se répandant au travers d’une barbe de deux jours.
« Que… VOUS ALLEZ VOIR ! beugle l’enseignant. »
Sa main décrit une courbe hésitante, Aaron se glisse sous la gifle, enfin la classe fleurit des exclamations et des encouragements. Le gamin se racle la gorge dans le mouvement, expulse d’entre ses dents un jet de glaires sur la cravate du rouquin – raté. L’adulte le saisit au bras, le jette au sol, affolé. Aussitôt, alerté par le boucan, un surveillant ouvre la porte, ceinture un Aaron déséquilibré entre ses bras, d’autres viennent à sa rescousse, la classe gronde, siffle, retrouve son calme lorsqu’un officiel vient réclamer du silence. Pendant ce temps l’adolescent est trimballé dans les escaliers, acheminé jusqu’au bureau du proviseur ; les femmes de l’administration le fixent, abasourdies, les pions leur ont décrits ses actes. Ce n’est là que la première pierre, la frondaison d’un mur qu’Aaron mettra sept mois à bâtir.
En guise de repentir il présentera ses excuses au rouquin.
Après quoi il dépouillera, une semaine durant, des petits de leurs repas et de leurs carnets de correspondance, afin de les garnir de messages obscènes. Parfois blasphématoires, mais pas trop tout de même. Dans l’attente d’un retour de bâton, il soulèvera la jupe des filles les plus mignonnes, qu’importe leur âge, à la cantine. De quoi s’offrir la rancune de toutes les matrones de l’école, de la prof de math aux serveuses du self, en passant par les surveillantes et l’adjointe du dirlo. Un beau linge, au demeurant. C’est sans évoquer ni les autodafés de cahiers texte de nombreuses classes, à commencer par la sienne, ni les vols de matériel – auquel il se livrera avec assiduité, jusqu’à éveiller une certaine paranoïa. L’incendie de casiers, il s’y adonnera avec toutes les précautions d’usage : à portée d’extincteur, à une heure où peu se baladent, non loin de surveillants en vadrouille ou en pleine lecture. Les agressions, motivées ou non, ne tarderont pas ; à cette seule fin Aaron s’accoquinera des pires étrons de l’établissement. Son panache galvanisera les malotrus, multipliant les actes de violence, mais tout en les diminuant au demeurant : les récréations ne s’allongeront pas pour autant. Et si l’adolescent ne s’en prendra plus aux enseignants, il apprend vite, il sera la goupille de pas mal d’incidents regrettables : chaises projetées durant le cour, tables renversées, bagarres et escarmouches. A ce fatras de malveillances il faudra ajouter les dégradations matérielles, portes souillées et murs garnis d’obscénités : scènes de fesse – la secrétaire du directeur et le chien de celui-ci, le prof de gym et la surveillante dans une position, disons, scabreuse, etc.
« A la romaine, dira pour lui seul Aaron. »
On répandra des bris de verre sur le terrain de basket, au risque de sonner en catimini les secours pour une ou deux bonnes plaies, peut-être un œil esquinté. A l’hiver venu de mauvaises âmes viendront au beau milieu de la nuit, verser de l’eau sur le parvis et dans la cour, fous rires garantis, en sus des fractures et des chutes à répétition. Boules puantes et chiottes explosées, de bien entendu, il y en aura. Dans le même temps, les résultats de l’adolescent dégringoleront ; plus il y mettra du sien pour pourrir la vie au bahut, plus ses moyennes chuteront. Lui pourtant si discret, si brillant, écopera d’avertissements en tout genre. Conduite, de travail, officiels ou non, en prime des menaces de professeurs outrés. Une journée de renvoi, qui se trouvera des jumelles, puis des triplées et ainsi de suite. A l’idée de se faire coller, Aaron grincera des dents – jusqu’à ne pas se présenter aux salles de retenue. Il lui faudra tenir bon, faire face, affronter l’ire paternelle et les pleurs maternels, goûter du cuir d’une épaisse ceinture et le cuisant des gifles de sa mère. Ne pas pleurer, songer au refrain, lancinant, sous sa tête. Pour sûr son sillage de chaos et de destruction s’en ressentira, s’aggravant davantage après chaque châtiment. On le menacera d’appeler les flics, puis on ne le menacera plus : ils viendront, le colleront dans un coin d’un poste, en attendant que vienne le chercher son père. Nouveau plâtre, battu comme tel, Aaron n’en démordra pas. Il lui faudra menacer une gamine d’un canif pour que s’achève cette farce funèbre ; en simulant la tentative de viol, l’adolescent touchera une corde sensible, libérant des forces qu’il appelle déjà de tous ses vœux, seul sur son banc, avant d’être convoqué par le proviseur : le conseil disciplinaire.
Il y répondra de tout, la tête haute, mais à voix basse.
Afin que chacun des adultes présents, assis à l’autre bout de la grande salle, soient obligés de se pencher pour l’entendre. Il avouera jusqu’au dernier de ses méfaits, et d’autres encore, en pagaille ; trafique de drogue, attouchements sur des petites, tortures sur les gamins, brûlures de cigarette, consommation d’alcool, de dopes, vols répétés, propagande nazie, juste par esprit de contradiction, incendies du garage à vélo, la liste sera longue, à l’instar du réquisitoire qu’il tiendra contre lui-même. Un flamboiement de barbarie et de monstruosité. Au terme de son monologue il n’y aura qu’une pensée de possible : quinze ans, bientôt seize, et déjà plus dangereux qu’un récidiviste de deux fois son âge. A quoi bon le sanctionner, même sévèrement ? L’exclure définitivement ? Hors de question : ne jamais laisser de côté cette espèce d’individus, au risque de les voir définitivement basculer. Non, trouver une solution, urgente, exceptionnelle, ils le devront. Aaron se voit déjà, penseur affalé sur un banc gris, face à un portique. Il l’imagine ainsi, sa seule issue : ceinte d’une grille de fer forgé, surmontée d’une gargouille rouillée, ou d’un crucifix. Ensuite un chemin de graviers, jouxté d’arbustes épineux, conduisant à une bâtisse austère, en vieilles briques, au sommet desquelles trône un clocher. Des vitraux, mal entretenus mais non à l’abandon, de petites statues de saints en bordure de sentiers, un parc monacal, des chants, plein de chants, de quoi chasser les voix, la ritournelle, les ombres, cette ténèbre sur lui, en lui. Des cantiques et des prières, pour ramener un peu de lumière là où ne se trouve qu’angoisses. Aaron y songe, sourit, réfrène quelques larmes, s’alanguit sur son banc, préférant la rudesse du mauvais bois au moelleux de la moquette sous ses pieds, se prend à déjà prier, ou à prier encore, selon l’heure qu’il est. Puis il glisse dans l’espoir que le raz-de-marée de violence qu’il s’apprête à déverser le mènera là où il le souhaite, s’endort presque, impatient. Car rassurez-vous, tout se déroulera comme prévu.
La chute exceptée.

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MessageSujet: Re: Background PJ Lacenaire: Beyond the stars   Mer 6 Juin - 14:32

Aéroport de Londres, 2005 (5)

« L’Irak, qui l’aurait cru ? s’étonne encore le Père Bolton. »
« L’Irak, fait écho Aaron. »
« Bon Dieu… »
« Blasphème, sourit le jeune homme. Allons, mon très cher, ce n’est que partie remise. »
« En parlant de partie, geint le vieux prêtre, quand finirons-nous les nôtres ? »
Même à deux doigts d’embarquer, les moteurs de l’avion vrombissent déjà, Aaron se remémore très bien les longues parties d’échec, avec pour fond sonore une sonate. Seul plaisir que s’accorde Bolton, un poste CD, ainsi qu’une impressionnante discothèque – classique, soigneusement inventoriée, rangée dans une immense armoire de chêne verni.
« A mon retour, l’assure Aaron. Je vous le jure. Sur la tête de qui-vous-savez-là-haut. »
« Blasphème, rit de bon cœur son mentor. »
« Portez-vous bien, mon maître. »
« Faites attention à vous, mon Fils, et essayez-vous donc à arrêter de fumer, j’ai cette habitude en horreur. »
« Hélas, rétorque le jeune souriant, les services de Sa Majesté nous pourvoient en péchés divers, à commencer par du tabac en belle quantité. »
Ils s’enlacent, l’un en uniforme sévère, l’autre, plus rabougri, en costume austère. Autour de leurs embrassades se pressent des soldats, désarmés, qui profitent d’une cigarette, du baiser d’une mère, d’un parent ou d’une fiancée, de marmots ou d’amis.
« Dites-moi, murmure le Père Bolton à l’oreille de son pupille, pourquoi vous partez si loin. »
Aaron soupire, rallonge leur étreinte fraternelle.
« J’ai ce mot en horreur, grince-t-il. »
« Partir ? »
« Pourquoi. Je vous le répéterais une dernière fois, puisque vous êtes si cher à mon cœur : je me ramollis, ici, non par votre faute, mais celle à nos ouailles et à nos supérieurs, qui me cherchent déjà une carrière et le plan qui va avec. Je les rejette, leurs prévisions, je n’en ai cure, je cherche les ténèbres et les ombres, à fin de les bannir. Si ce n’est du monde, que ce soit au moins en moi. »
« Je… mais… c’est ridicule, couine Bolton. »
« Et après ? Je m’en vais là-bas trouver d’autres paysages, des gens que je ne connais ni d’Eve ni d’Adam, un semblant de changement. Peut-être, avec un peu de chance, de la lumière. Ici, hormis vous, je ne vois plus que noirceurs et attentisme. »
Bolton s’avoue vaincu d’un long soupir. Il s’affaisse presque dans les bras du jeune homme.
« Noirceurs et attentisme, des mots de la première oraison que vous m’entendiez prononcer, dit-il. Nous n’avons que les fruits des graines que nous semons, voilà ce que j’aurais du dire, ce midi-la, à l’internat. »
« Les pillards se servent et ne sèment pas, lui rappelle Aaron. Je préfère à l’empâtement, aux fruits que me tendent ces gens bien pensants, le danger et la détresse. Ces soldats repartent après une permission dûment gagnée, à moi d’être, si j’ai de la chance, leur rai de lumière le temps du vol. »
« Un charter pour les enfers, gémit le Père desséché. Te voilà un Charon tout désigné, pour sûr ! »
« Une bénédiction, un mot tendre, voilà tout ce que je demande, réplique le jeune homme. Que je vous quitte en paix… »
Bolton murmure à son oreille quelques mots doux, ceux d’un paternel qui craint le pire sans le dire, une prière toute simple, de celles qui réchauffent un cœur. Même un enfoui sous des tonnes de roches noircies par les flammes. Après quoi il faut se séparer, sur un dernier signe se quitter ; il en va ainsi pour les couples comme pour les familles, cela vaut pour les clopeurs et leurs sèches. Aaron traverse le couloir d’embarquement, retrouve un aumônier, un de ceux qui partageront sa tente.
« Ils seront bientôt à vous, mon Frère, lui précise-t-il, avec un vague geste de la main vers l’habitacle. »
Déjà de vieux groupes se retrouvent, échangent plaisanteries et anecdotes, autant de souvenirs de cette longue permission, se passent leurs appareils photos numériques. Finalement chacun boucle sa ceinture, la nacelle se détache lentement du cockpit, au dehors. Aaron s’avance, leur fait face, serein. Il ne voit là, sous les bravades et les faciès gorgés de bonheur, que ténèbres et peur, angoisse et ombres.
A lui d’exorciser tout cela.
« Mes biens chers frères, mes bien chères sœurs… »

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MessageSujet: Re: Background PJ Lacenaire: Beyond the stars   Mer 6 Juin - 14:33

Pays de Galle, 1992 (6)

Un coin paumé entre des bosquets, des champs et de la tourbe. Une mer lointaine, dont on ne peut d’ici, si profond dans les terres, que deviner le bleu. Des chemins à perte de vue, qui ne donnent sur rien, ou peu s’en faut. Aaron soupire, à l’arrière de la voiture.
« Tant de bornes pour un mariage, grommelle son père, à l’avant. »
Sa femme conduit, alors qu’ils touchent au but.
« Elle ne pouvait pas s’offrir à son bouseux dans un endroit civilisé, ta sœur ? Y’a pas un bistrot ou une épicerie dans un rayon de cinq lieues. Manquerait plus qu’ils captent que les chaînes nationales, à l’hôtel. Et… merde, ils ont la télé, au moins, dans le secteur ? T’as vécu ici, toi, tu devrais savoir ça. »
« Ils l’ont, ronchonne la mère. »
Un vent frais, Aaron le sent qui s’insinue entre les joints de la portière, caresse les longues jetées d’herbe. Le point du jour, au déclin, inonde le ciel d’un rose aux accents violets. Des nuages laiteux, rouges, dérivent mollement, là-haut. On l’a éveillé en pleine nuit, alors que la créature de ses cauchemars ruaient et maudissaient, à deux secondes d’ouvrir grandes ses paupières. Une fois accoutré de son trente et un, vague costume aujourd’hui presque trop étroit, ils se mirent en route. D’échangeurs en quatre voies, grignotant le bitume avec une bonne fringale, ils s’engouffrèrent au beau milieu de ce pays vide, pour s’y enfoncer plus gaiement encore. Mais, à l’heure dite, à l’endroit convenu, ils furent.
« Bordel, une église, marmonne le père, une foutue église. »
« Je t’avais prévenu, réplique, cinglante, son épouse. Tâche de te tenir tranquille. Tu n’as qu’à prendre exemple sur ton fils, ce serait marrant. Allons-y, ils ne vont pas nous attendre. »
Une fois la voiture verrouillée ils rejoignent la masse de gens invités ; amalgame de parfums, de vêtements plus ou moins riches et délicats, d’âges, de physionomies. Au bas mot deux cents personnes se pressent sur le parvis ou entrent déjà dans l’édifice. Aaron est traîné, un peu perdu, à la rencontre de cousins dont il ignorait jusqu’à l’existence, accompagnés de ses tantes et oncles. Embrassades, poignées de main viriles, regards complices, sourires hypocrites. Lui s’en moque, il se perd en contemplation.
Des vitraux reflètent le soleil à son zénith.
Majestueuse, l’église s’empâte à sa base pour mieux s’élancer vers le ciel. Pareille à un doigt, qui, selon l’éclairage et l’angle d’où on le fixe, est tour à tour accusateur, celui du sage ou complice. Complice des cieux qu’il désigne, par exemple. Du plus sombre recoin de son cerveau, le sommeille guette, Aaron le sait. A tout prix éviter de sombrer, ainsi qu’il l’a fait le long de la route, la cérémonie durant. Sur un des vitraux il croit reconnaître la douce Beth, à côté de laquelle il est assis, en salle de maths. Unanimes en cela, les gargouilles lui font des grimaces, auréolées des rais d’Hélios. Une vilaine mousse s’appesantit sur leurs dos de pierre, leur faisant un charmant duvet. Le froid qui l’assaille lorsqu’ils entrent à leur tour dans l’église, il n’en perd pas une miette ; la roche sous ses pieds, comme brute, ou polie par des générations de fidèles, exhale une fragrance de glace. A ses yeux rien n’est plus réconfortant que le givre et le gel, hormis de la neige. La neige chasse les tiédeurs moites de ses cauchemars, le tient éveillé et le stimule ; Aaron a horreur des étés de banlieues, contingent de nuits poisseuses et qui n’en finissent pas. Pas une minute de la journée il n’échappe aux visions de ce promontoire rocheux, où trône la créature, en saison estivale. La nef, les colonnades, ce plafond en paliers, les icônes et les fresques, qui semblent le suivre des yeux, tout s’imprègne de ce froid de roche, que trop légèrement humide. Les invités se regroupent sur les bancs, s’y empaquètent presque. De là où il est, vers le fond de l’église, il ne voit de la mariée qu’un vague bout de tissu blanc, de son promis qu’une queue-de-pie à l’ancienne. Plutôt s’abîmer dans les cènes, plus ou moins récentes, les interprétations de ce fameux Michel terrassant le vil dragon, ou bien cette pomme, si maigre qu’elle fait peine à voir, entre les doigts repliés d’une jeune fille. Tant de sérénité. Il se lève quand l’assemblée se redresse en chœur, sans s’empêcher de détailler l’édifice. A-t-il d’ailleurs quelque volonté d’en faire autrement, voilà une question qui ne se pose pas. Commence l’homélie du Père, les bénédictions et les vœux, tout le toutim.
Comme de bien entendu, Aaron s’endort rapidement.
Le froid sépulcral de l’église n’y aura rien changé, le préadolescent s’affaisse presque, sa mère le retient de glisser du banc. Il était en extase devant deux représentations ; une d’un Christ, comme assoupi sur sa croix, reposant tranquillement parmi des suppliciés, l’autre d’un enfer délavé, éteint, la faute aux couleurs passées. Ici, à l’orée du songe et de la réalité, déchiré par des vents de scories, il est entre deux pics d’un noir total, jusqu’aux nombreuses arêtes tranchantes. La caverne mugit, emplie de vents rougeoyants. Des débris se détachent du plafond, perdu dans les ténèbres, les ombres sont ballottées, ou bien chevauchent les courants de braises et de cendres. Aaron retient un hurlement, des larmes de bambin cavalent sur ses joues, le boucan l’assomme. Une main, l’index tendu, se dresse, qu’aussitôt le tumulte s’estompe. Un dernier bloc se détache, allant se fracasser non loin du promontoire. Lequel, aujourd’hui, sert de trône à un homme. Grand, mince, nerveux, mais tout en muscle, chauve, barbe d’or, sévère, enveloppé dans une robe rouge à manches courtes. Par myriades de légères ombres dansent à ses pieds, ses yeux sont d’un blanc de perle. L’inconnu baisse son bras, sourit. Durement, plus par habitude qu’autre chose, sans se départir d’un calme… olympien. Ses lèvres remuent, distillent une voix puissante, qui ne souffre pas la réplique.
« Ombres, ténèbres, ombres, admettons. A quoi bon ? Seuls les faibles ne l’emportent pas, contre elles, même réunies sous un seul oriflamme. »
Son sourire s’élargit, se durcit davantage.
« Ténèbres, ombres, ténèbres, seraient-ce des outils ? A quoi bon ? A faire fi des épreuves, à affronter les vérités sans se voiler. Regarde autour de toi, mon enfant : des ombres dans les cœurs, des ténèbres pour tout âme, des ombres pour s’y dissimuler. Qui ne les craint pas les domine, et ceux qu’elles habitent avec. »
Un feu nouveau lèche la barbe dorée, une étincelle s’anime dans les prunelles laiteuses.
« Pour mieux chasser l’ombre et exorciser les ténèbres, joue d’abord avec elles. Rien qu’un peu. »
Aaron hurle, l’assistance se fige, les paroles du Père s’estompent sur ses lèvres. Mère et père blanchissent à vue d’œil, sous l’opprobre générale, bien que silencieuse. Le gamin ne peut réfréner des larmes, des reniflements intempestifs. L’assistance leur jette des œillades courroucées, l’officiant reprend son homélie, moins fervent qu’avant, une certaine magie gît, brisée, là, sur l’autel. Mère entraîne son fils et son époux hors de l’église, les fourre dans la voiture, s’allume une cigarette, la tend à son homme. Aaron sanglote, à l’arrière, jeté sur la banquette. Derrière le pare-brise s’élève l’église, il en dérobe une dernière lichette, d’un regard. Le chemin du retour se fait en silence, le temps, cette fois, file à tout vitesse. L’après-midi touche tout juste à sa fin que voilà les banlieues londoniennes, leurs blocs de béton, leurs quartiers plus anciens, des églises, là, au détour des parcs et des vieux pavillons. Durant les semaines à venir, inutile de passer cela sous silence, il y aura un nouveau pensionnaire en ces lieux. Un môme bringuebalant, la tête dans les nuages et le corps fatigué. Tandis que ceux de son âge s’esquinteront pour le seul plaisir d’épater les filles – skate, bagarres, rien ne sera trop bon pour assurer – lui restera là, le cul sur un banc, puis les genoux sur le sol, à visiter cette foutue caverne, à se laisser aller aux songes. En toute sécurité, sans plus trembler ni s’égosiller au réveil.
Là, à l’heure où il se forgera certaines décisions.

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MessageSujet: Re: Background PJ Lacenaire: Beyond the stars   Mer 6 Juin - 14:33

Londres, 2004 (7)

Un homme, seul, pleure, assit sur un banc de l’église. Il se fait tard, le tournoi des six nations fait rage dans les chaumières, des cierges brûlent tout leur saoul. Et pourtant il est là, ce beau brin de garçon, du bel âge et toutes ses dents, les larmes en plus. Il est seul, à couiner jusqu’à plus soif, entre un Jésus moribond et un Saint au visage gâté par le temps– la statue n’en a plus pour longtemps, avant d’être remplacée ou enlevée pour quelque restaurateur. Aaron s’approche à pas de loup, le mocassin leste, s’assied à côté du pleureur.
« Mon Fils, murmure-t-il. Mon fils. »
L’inconnu se ressaisit, sèche ses larmes.
« Mon Père… »
« N’hésitez pas, si ma présence vous gêne. Congédiez-moi, je ne vous en jugerais pas pour autant. Autrement, si le cœur vous en dit… »
« Oui ? »
« … nous pouvons discuter, se rattrape le prêtre. »
Tu offres de suite ta foi, le rabrouait trop souvent Bolton. Tu la dilapides comme si elle fut bon marché, voir gratis. Non, ce ne devrait pas être comme ça : le bien que tu refourgues est précieux, ne va pas brader ta foi, mon garçon, distille-la et n’en verse que de rares gouttes. Ainsi ils en redemanderont.
« Discuter. Ça me paraît bien. »
Aaron se penche sur l’inconnu, d’une banalité à crever. Blouson passe-partout, fringues sans saveur, dépourvu de particularité, mise de côté sa simple beauté. Un ange passe. Aucun n’entame les pourparlers, la timidité, le malaise, l’emportent.
« Je… quelle est votre peine ? se hasarde Aaron. »
Il rompe la honte, la gêne, d’une pichenette mal amenée.
« Mon… mon frère, larmoie le fidèle. Il… il… »
… enfouit son visage entre ces mains, là, ses mains lessivées par les larmes et pleure, beugle son désarroi. Aaron lui passe un bras autour des épaules, se fend d’un mot de réconfort inaudible, hésite à serrer contre son cœur ce triste sire.
« … il s’est SUICIDE ! crache-t-il, entre deux sanglots. »
Crispation, instant de doute. La nuit s’ébranle, l’Angleterre vient de marquer un essai. De la pelouse où cela se déroule, au stade, à ici, Londres, il n’y a que trois antennes et un satellite. Peinardes, les étoiles sont à l’abri de nuages moutonneux, on les distingue par intermittence au travers des vitraux.
« Suic… suicidé ! anone-t-il. Pa… passé sous un train… méconnaissable… »
« Dieu miséricordieux. »
La clameur se tarit, le jeu reprend, l’église n’a jamais semblé aussi calme.
« Je… je ne vois pas ce que la miséricorde de Dieu a à faire pour moi, hoquette l’endeuillé. J’ai si… si… si MAL mon Père ! »
Aaron se détache lentement du malheureux, le front barré d’un pli inquiet.
« J’entends votre douleur, mon Fils. Si je ne puis la partager complètement, je joindrais néanmoins mes prières à cette souffrance. Que s’est-il passé ? »
Une fois passé le cap, la glace brisée, ne manque pas de courtoisie mais cesse les courbettes et le tact, tenait pour vrai le vieux Bolton. Laisse les ouailles t’appeler au secours, ne quémande pas leurs aveux ou leurs peines. Sinon, c’en est fini de toi, tu passeras ce qu’il te reste à vivre en qualité de chiffe molle. Cureton et douillet, un mauvais mélange, par ici, crois-moi.
« Nous… un… un flic m’a appelé, un soir, tard. Il m’a demandé si… si… »
« Si ? »
« Mon nom, tout ça… puis il me l’a annoncé, m’a fait comprendre qu’une identification était d’ordinaire requise… mais que, là… là… il n’y avait rien d’identifiable hormis un portefeuille. »
D’autres gouttes roulent sur ses joues, plus ténues que les grosses, vite crevées au sommet de sa pommette, de ce début de… confession ? Aaron en doute.
« Votre frère, souffle-t-il. Etiez-vous proche ? »
L’autre hausse les épaules.
« Coup-ci coup-ça. Il n’a laissé aucune lettre, pas le plus petit indice, rien qui nous pousse à comprendre… mon Dieu… il se portait comme un charme, deux semaines auparavant ! Tout sourire, tout en gentillesse ! Seigneur Dieu, ce que j’ai MAL ! »
Et de poursuivre ses lamentations, entrecoupées d’encouragements du prêtre, qui sinon scelle ses lèvres. L’anonyme ponctue ses diatribes de « j’ai si MAL ! » de plus en plus faibles. La mise en bière, puis en terre, les formalités d’usage, cette vanité administrative et les cérémoniaux obligés, pour mieux enfoncer les vivants et les proches, incrédules. Et ce MAL oppressant, qui ne quitte jamais sa proie, y creuse et y fait éclore des tas de souvenirs, pour se multiplier et l’empêcher – lui, qui reste derrière, encore tout étonné – de vivre. Si MAL qu’il a manqué de perdre son poste, sa femme et les mioches avec. Si MAL et si ravi de pouvoir le dire à satiété qu’Aaron ne peut en placer une. A l’aune d’une crise de larme, le prêtre hésite à s’allumer une cigarette.
Il parle, plutôt.
« Comme je vous plains, mon Fils, comme je souffre pour vous, dit-il. »
« Merci, mon Père, merci pour tout. Si vous saviez, hein, combien j’… »
« Oh, n’allez pas croire que je compatis de votre deuil, mon Fils, sourit Aaron. Enfin, quoique, tout de même, il le faut aussi. Non, je vous plains d’être ce que vous êtes, à l’instant, sur ce banc, à mon côté. »
« Que… »
Aaron craque, de la manche de sa soutane extrait un paquet de clopes, d’un geste expert s’en allume une.
« Oui, vous, là, qui révoquez mon Dieu avant de vous L’approprier à tout bout de champ. Vous niez Sa compassion, facette essentielle de Son prisme, puis vous vous torchez de cette douleur sur Lui, comme s’Il fut recyclable. Fou, non ? »
L’endeuillé arbore ce faciès qu’Aaron déteste, chez les citadins : face blême, bouche qui s’ouvre et se referme, sans qu’aucun son n’en sorte, gueule de poisson. Le jeune prêtre exècre le poisson, exception faite de la lotte cuisinée façon française.
« Et puis, pour ne pas gâcher votre cas, comme si ce fut nécessaire, vous glorifiez votre propre malheur. Si si, vraiment, écoutez-vous : J’AI si mal, il M’A abandonné, à MA solitude, MES cauchemars, MON Dieu, MA galère… définitivement, votre frère, vous ne l’aimiez pas tant que cela. A se demander comment et pourquoi son deuil vous pèse encore tant, franchement. »
« C’est… »
Il s’empourpre, le mérou albinos, ses yeux ne sont plus gonflés de tristesse ; aux larmes de deuil ont succédées celles, moins amères, de colère.
« Insultant, peut-être ? Vrai, sinon ? le coupe Aaron. Allons sereinement au bout de cette réflexion, voulez-vous ? Et la douleur de votre frère, sa peine, ses doutes, ses remords, que sais-je encore, qui l’ont amené à se jeter sous un train, y avez-vous songé ? »
« Hein ? »
« Non, apparemment non, se lamente le prêtre entre deux taffes. »
Renfrogné, bien entamé, l’endeuillé se lève, prend le large, laissant l’église au Père Aaron. Celui-ci s’abîme dans la contemplation des statues, finit sa cigarette, glisse le mégot écrasé dans le plastique du paquet. A son tour il quitte l’endroit, gagne la porte qui donne sur un pavillon contigu, passage aménagé il y a deux siècles de cela, reconstruit après 45. Derrière, si on se donne la peine d’emprunter un escalier branlant, se trouve un salon. Certes restreint, tout juste douze mètres carrés, kitchenette et comptoir exclus, mais un salon tout de même, pourvu en canapé et en fauteuil, ainsi que d’un poste télévisé. Il s’y entasse déjà quatre prêtres, dont le Père Bolton, affalé dans le canapé, un verre de scotch à portée de main, sur le semblant de table basse. Aaron se dirige droit vers la seule fenêtre, l’ouvre, embrase le foyer d’une nouvelle sèche.
« Alors, ce pleureur ? s’enquière-t-il. »
« Une ouaille de moins, soupire le jeune. »
Jeune, il l’est : la moyenne d’âge, autour de lé télé, avoisine les soixante-cinq ans. Tous sont rivés, quoiqu’ils disent, aux équipes du Pays de Galle et d’Angleterre. On se dispute un ballon ovale, sur la pelouse. Mêlées et échappées se succèdent.
« Que lui avez-vous fait, à ce pauvre malheureux ? rit un septuagénaire, presque avalé par le seul fauteuil. »
Aaron expire un panache de fumée, ronds et fumerolles entremêlées.
« Je me suis contenté de lui dire la vérité. Son deuil était moins vrai que sa tendance à l’apitoiement. Autant le lui dire. N’ai-je pas raison ? Il devrait se réjouir, pas se lamenter à longueur de journée, avec pour excuse la fin brutale de son frère. »
« Stop, stop, ordonne Bolton. A ce stade là, vous cherchez plus à vous convaincre qu’à persuader les autres. »
« Une ouaille de moins, ricane un convive, celui perché derrière le comptoir de la kitchenette, l’œil rivé sur ce petit écran. Rien de bien grave, j’ai vu pire. »
« Mais, à ce rythme, mon église tiendra plus du caveau que de la congrégation, s’esclaffe Bolton. »
Tous rient en chœur.
« TOUCHDOWN ! s’égosillent les vagues enceintes. L’Angleterre, si la transformation est réussie, mènera 25 à… »
La clique en soutane, pour tous recouverte d’un gilet de laine, les nuits sont fraîches, hurle, autant que se peut ; Bolton s’éraille le gosier, celui sur le fauteuil brandit un poing mal assuré, un autre agite une main tremblotante, Parkinson oblige. Lorsqu’ils seront partis, repus de biscuits apéritifs et de bon alcool, Aaron restera là, à suçoter filtre sur filtre, jusqu’à que vienne Père Bolton. A son chevet, comme il le faisait du temps du pensionnat.
« Qu’est-ce qui ne va pas ? »
« Tout, répond le jeune. Vous le connaissiez, ce pleureur, non ? Si ? »
« Effectivement, je le connaissais. Il me gave de ses plaintes une fois par semaine, parfois plus. Il n’a personne d’autre pour le consoler. »
« Pour l’écouter, rectifie Aaron. S’entendre se plaindre, sans en gaver autrui, pourquoi pas ? Une grande majorité s’en contente. De là à harceler des prêtres, à cracher sur nos convictions pour se planquer derrière… je croyais le pas plus large. »
Dehors la nuit est bien avancée, toujours aussi vibrante de vie. Ce Londres, remuant, qui ne marque jamais de pause, Aaron l’aime. Mais de loin.
« Hélas, il est bien moins honteux de franchir la porte d’une église que celle d’un psychiatre, ricane Bolton. Qu’est-ce qui vous tracasse, mon jeune ami ? Je le vois bien, ce pli d’inquiétude, qui naît au coin de vos yeux pour se perdre au commencement de vos tempes. »
« Des ténèbres. »
« Pardon ? Encore ce vieux rêve ? Faites-m’en grâce ! »
Si le ton du vieil homme se veut taquin, ses prunelles, elles, ne peuvent mentir : une certaine angoisse y loge.
« Si fait, ce vieux songe. Ténèbres et ombres, toujours, chaque nuit que fait Dieu. Je les vois, je les devine, ces noirceurs. Dans le regard de ce pleureur, à croire qu’il les cultive pour son propre malheur. Au sein d’une sans domicile fixe cet après-midi, qui allaitait un môme malingre. L’ennui que suent les caissières de la supérette d’à côté, il est chargé d’ombres. Regrets, peurs, honte, autant de rais de ténèbres. Mon Père, les gens s’enferment dans cette nuit. »
Bolton hoche la tête, dépité.
« Alors que la vie est lumière, concède-t-il, nos ouailles se calfeutrent dans ces travers, je vous l’accorde, mon Fils. Mais qu’y faire ? Peut-on ramener à la raison par la force ? La foi, peut-être ? »
« Comment soumettre à la divine lumière celles et ceux qui se refusent à la leur, à leur propre existence, pour lui préférer le doute, l’envie, la colère ? Ténèbres et ombres, ombres et ténèbres, c’est tout ce que je vois… »
« Même en vous, coupe sèchement l’ancien. »
« Je… qu… »
« Vous n’êtes pas un saint, Aaron. Si vous n’aviez été prêtre, vous dirigeriez à l’heure qu’il est une secte, ou quoique ce soit qui vous permette de trouver une réponse. Honte à vous de vous croire au-dessus des masses. Allez y faire un tour, parmi ces gens que vous critiquez, revenez ensuite me rendre des comptes. Peut-être trouverez-vous la source de tous vos tourments parmi ces moutons terrifiés que vous méprisez. En Irak, par exemple. Pour sûr, là-bas se couchent des soleils d’ombres et s’épanchent les ténèbres… »
… avant de planter là un Aaron bouche bée et abasourdis.

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MessageSujet: Re: Background PJ Lacenaire: Beyond the stars   Mer 6 Juin - 14:34

Banlieue londonienne, 1996 - 8 -

« Quinze Livres, ni plus ni moins, rétorque la Seiche. Pour ce prix la, c’est la totale. Laureen à poil, sous la douche, et Laureen qui se touche, le soir dans son pieu. »
Fier de sa rime, l’échasse de dix-sept printemps sourit à tout va. Un poil doux lui pousse sur les joues, sous le nez, jusqu’à faire miroiter sa face bouffée par l’acné. Tout chez la Seiche respire le retard : son intellect, pas plus foudroyant que celui des internes récemment admis, ses vannes, dignes d’un môme de dix ans de moins.
« Montre, je me décide après, marchande un des éventuels acheteur. »
« Laureen, c’est pas la bombe de la 4-S ? s’étonne un autre adolescent. »
« Si, répond la Seiche. C’est à prendre ou à laisser, je montre pas avant paiement. »
« Je prends. »
« Pareil ! »
« Deux séries, c’est possible ? »
Aaron n’est pas du lot des acheteurs, ceux qui négocient un versement différé ou la clique des friqués, qui trifouillent d’emblée le fond de leurs poches. Non, Aaron reste de marbre, ni ne serre les poings ni ne grince des dents. Le grand benêt encaisse billets et petite monnaie, prend le temps de recompter, laisse monter l’exaspération et l’impatience, terreau d’une excitation bon marché. Finalement il extrait de son sac à dos les impressions couleurs des photographies promises. Aaron y jette un coup d’œil fiévreux. C’est bien elle, dans les situations dites. Fébrile, la clique s’en empare, les fourre dans des chemises ou les dévore d’un regard torve.
Comment la Seiche peut-elle se procurer telles immondices ?
Toute la question est là. Un surveillant trempe certainement dans cette sordide affaire, l’adolescent n’en doute plus. Comment sinon passer outre le couvre-feu, les rondes et gagner le dortoir des filles ? Si seulement, comme de par le passé, gamins et gamines vivaient clairement à part ! Privés de contacts, sans exception, même entre frères et sœurs… Aaron s’avance, le pas ferme, ses membres agités par la chair de poule. Ne pas flancher, y aller d’un pas franc, que ne trahit aucune émotion. Ni peur ni appréhension, juste une roideur presque martiale, mécanique. Plutôt zombi que lâche trahit par des hoquets apeurés et des yeux de biche. La Seiche remballe son classeur, ainsi que le reste des impressions. A son sourire, on le devine tout de go, les affaires se portent bien.
« Qu’est qu’elle veut, la Graine ? tonne l’échasse. »
Ou, plutôt, couine-t-elle : sa mue est aussi tardive et lente à venir que le reste de sa personne. Aaron se remémore tous ses patronymes, qui l’ont suivis depuis son admission. Graine de potence, d’après le Révérend Blaise, graine de cureton, pour ses camarades, graine d’espoir, selon Père Bolton, professeur d’Histoire.
« Toi, ta gueule, lui ordonne l’adolescent. Vous autres, donnez-moi ces putains de photos. »
Un ange passe, là, dans ce renfoncement ombragé, la faute aux deux édifices qui le cernent de toute leur hauteur. Un coin peinard, tant que les surveillants ne surprennent personne pour s’y livrer à quelque activité honteuse.
« Hein ? »
Les lèvres de la Seiche forment un O amusant.
« Va te faire foutre, la Graine, rétorque le plus courageux des acquéreurs. »
Un type épais, boudiné par son uniforme, la gueule tout aussi ravagée par des crevasses et des bourgeons en pagaille que la Seiche. Il fait mine de leur tourner de dos, tranquillement de les abandonner là. Il ne voit pas venir le poing lancé à vive allure, celui qui s’écrase sur son nez, le brise. Sale fracture, franchement : les narines dégoulinent littéralement de sang, le blessé s’effondre, ne hurle pas. Si Aaron ne s’était pas pointé en retard il n’aurait eu qu’à se farcir la Seiche. Maintenant ils sont cinq, en tout et pour tout à convaincre. Laureen, lui, il l’aime bien. Lorsqu’il a appris que ce grand péquenot l’avait surprise ainsi, son sang n’a fait qu’un tour, ainsi que sa conscience autour du problème : sa décision n’a pas tardé. Il est là, se jetant sur la Seiche, coudes en avant, sans plus se poser de question. Combattre sur ses pieds, penser haut et fort, admettre les vérités et s’en faire des armes, se répète-t-il en son for intérieur. Comme le dit Père Bolton. Cette mêlée est furieuse ; l’échasse s’écroule, le souffle coupé, un premier coup de tête lui rançonne sa lucidité. Il bat des bras, ne parvient pas à se défaire de la furie qui s’acharne sur son crâne. Des coups pleuvent sur Aaron. Sur son dos, aux flancs, pieds et phalanges s’écrasent. Réfuter les rhéteurs et prôner l’honneur, se gaver de réflexion et ne jamais laisser les ténèbres gagner l’Esprit. Ainsi soit-il ! Il fait fi de la douleur, se retourne, hargneux. Il en sera bon pour un coquard : une saillie lui esquinte l’œil droit, une seconde lui vrille la mâchoire. Il réplique, castagne à tout va, grincheux, enragé. Possédé, oseraient certaines langues, mauvaises comme tout. Sitôt un acquéreur fait mine de prendre la fuite qu’Aaron se fend, assène béquilles et manchettes. Malgré ses autres adversaires, qui ne manquent ni d’expérience ni de gaillardise. Rien n’y fait : il s’abandonne, se prend à mordre les mains le saisissant. Des incisives profondément plantées dans le gras de sa mimine, un ado hurle, son hémoglobine perle jusque sur les gencives de la Graine. Aussitôt – la Seiche reste plantée là, effarée – rappliquent les surveillants.
Courts sur patte, pour la plupart Gallois, ils soufflent dans leurs sifflets.
Autant pour la forme que pour parer aux situations les plus extrêmes, des nerfs de bœuf pendent à leurs ceintures. Trois accourent, séparent les protagonistes, les refoulent, soigneusement tenus à l’écart les uns des autres, au fond du passage étroit. Rapidement, tandis que deux maintiennent Aaron au sol, la Seiche reprend son souffle, pour aussitôt le perdre : on fouille son sac, ainsi que ceux des acheteurs. La plupart voient déjà fleurir hématomes et contusions, un rouge honteux leur monte au visage. Leur agresseur rue et ne se rend pas, malgré les gifles et les menaces, de son joli uniforme bleu sombre ne subsistent plus que loques et crasse. On exhibe les impressions, le stock de la Seiche, la nudité de Laureen. Aaron hurle, s’ébroue, furieux. Ainsi le pire est arrivé ; la nouvelle circulera plus vite une fois les adultes mêlés à cette ignominie. Le personnel administratif, du simple marmiton aux religieux trop austères du secrétariat, parle plus que les jeunes à leur charge. Et qui irait douter de la parole d’un majeur, vacciné et tout et tout ? On s’empare de lui, on le ceinture, on le transporte, des internes se pressent, observent leur petit manège ; pire que tout, l’horloge, celle nichée dans le beffroi, lui indique l’heure. La pause déjeuner devrait sonner d’ici trente secondes, la masse d’adolescents devrait être informée du triste épisode d’ici deux minutes. Laureen risque de passer un sale quart d’heure, rien n’est plus certain. Ballotté, il n’y a pas meilleur terme, Aaron est amené à son tuteur. Tous ici ne bénéficient pas du tuteurage, seuls les pires, marqués au fer rouge comme l’est l’adolescent, ont ce privilège. Mais aucun d’entre ceux-la n’a sa chance. Aux pieds du Père Bolton, qui lisait tranquillement son roman quotidien, une tasse de cidre chaud à portée de lèvres, on jette l’ado écumant.
La porte du bureau se referme doucement.
C’est une petite pièce, tout de vieux bois, pourvue en étagères garnies de livres, anciens et neufs soigneusement classés. Une espèce de trou monacal, isolé dans les bâtiments de bitume gris et de plastique beige. Bolton clôt le roman, sirote de son cidre, ses yeux bleus fixés sur Aaron. Sous la large fenêtre, derrière le prêtre, le reste des internes se masse, dans l’attente de la soupe. Des cancans font leur bout de chemin, d’un groupe à l’autre, gagnent en détails extravagants. Il ne s’agit plus d’une simple morsure, mais d’une mutilation barbare, non pas de la Seiche, mais d’un professeur. Laureen, quant à elle, personne n’aggrave son cas : il est déjà bien assez sordide, pas la peine d’en rajouter à ce chapitre. L’adolescent gronde, grogne, s’apprête à, tour de force, cracher un bout de dent et une pléthore d’insultes, le tout enrobé de sang.
« Que nenni, déclare Bolton. Du moins pas sur mes tapis, ni les lattes du plancher. Le cendrier, à l’entrée, me paraît bien plus convenable. »
L’adolescent s’exécute, ravale son chapelet de jurons par la même occasion.
« Assieds-toi. »
Il cale ses fesses sur un coussin, seul confort sur cette chaise de bois. Aussi rêche et désagréable que la Mère Supérieure, la terrible matrone du dortoir des filles.
« Nous verrons à te soigner ces vilaines bosses plus tard. Alors, que me vaut l’honneur d’une visite, mon enfant ? »
« Tendez l’oreille, mon Père, ricane Aaron. J’ai savaté des imbéciles qui pensaient jouir de photos intimes d’une camarade. »
« Comme c’est joliment dit, s’extasie Bolton. Regrettable, aussi. Pourquoi ne pas s’être retourné vers des adultes, pour régler cette affaire ? Si j’en crois les sirènes au portail, des camarades de classe ou de dortoir risquent fort de passer l’après-midi aux urgences de Saint Michel. Faut-il que j’en appelle aux policiers du canton ? »
« Je suppose qu’ils seraient ravis de faire main basse sur les pièces à conviction de ce dossier, grince Aaron. Allez, faites donc, que cette pauvre fille souffre davantage. »
« ASSEZ ! »
Un vieux poing, ferme pour son âge, s’écrase sur le bureau de bois, un peu de cidre valdingue de la tasse.
« Tu n’es pas un justicier, mets-toi ça dans le crâne, mon garçon ! Tu prétends défendre une de tes amies, sois-en loué, mais à quoi bon s’attaquer à autrui pour cela ? Ton comportement finira par te valoir de sérieux ennuis, comprends-le, morbleu ! J’en ai plus qu’assez, de tes frasques et de tes répliques. Encore d’autres soucis de ce genre et je te renvoie, illico presto. Et crois-moi, vu comment tu divagues, dehors ne te sera pas bénéfique. »
Aaron a l’habitude de se composer un masque de sérénité, même au milieu du pire des foutoirs. Là, il manque de fondre en larme, se retient de supplier, à genoux s’il le faut, le Père Bolton de ne pas l’exclure. Au-delà de ces grilles, qu’il a eu tant de mal à franchir, ce ne sont que ténèbres et ombres. Ici, au moins, il peut s’esquiver et dormir à la chapelle, un édifice immémorial, entretenu avec soin par des bonnes sœurs gentilles comme tout. C’est l’une d’elle qui le réveille, avant que l’aube ne pointe le bout de son nez. Bolton sait qu’il touche juste, le gamin face à lui se fendille presque, de gros pleurs au bord des paupières.
« Aaron, écoute-moi, écoute-moi avec attention. Que leur veux-tu à ces gens que tu bouscules ? Que souhaites-tu prouver à… en les blessant ainsi ? Justice ? Ou bien… »
L’adolescent renifle, trop ému pour répondre autre chose.
« Ou bien ? »
« Ou bien n’as-tu pour volonté que leur arracher, disons… de mauvaises intentions ? »
Son regard s’est fait plus perçant, limite inquisiteur. Aaron fouille en lui-même, bannit par inadvertance larmes et craintes. Quelqu’un s’intéresse à lui, quelqu’un d’autre depuis le psychologue auquel ses parents l’avaient arraché, il y a près d’une décade de cela. Un renouveau d’étincelle s’anime au tréfonds de son âme.
« Je… je veux préserver ce qui peut encore l’être, susurre-t-il, autant pour lui-même que pour le Père. »
« Préserver ? En quel sens, contre quoi ? La lubricité des autres garçons, leur attention perverse ? C’est de leur… de votre âge, bien que ce benêt de Seiche soit allé trop loin, je te l’accorde. »
Aaron n’hésite pas une seconde.
« Des ténèbres, mon Père, et de leurs cortèges d’ombres. Ou l’inverse, je ne sais plus. »
Bolton, à fin de se donner une contenance, avale de son cidre refroidi, scrute le gamin. Celui qui parle trop bien, bien trop rarement. Quel mal l’anime, pour se jeter ainsi, mourir pour l’honneur d’une jouvencelle ? A cet âge, Bolton se serait fendu de voler ses parents pour se procurer de telles photographies.
« Ténèbres, ombres… tu évoques des choses terribles, mon garçon. Des choses dont tu ignores, à l’aube de ta vie, la substance et la signification. L’un n’allant pas sans l’autre. »
Aaron se renfrogne.
« Oh que si, crache-t-il, prêt à se lever, les muscles bandés, quoique douloureux. »
« ASSIS ! tonne le Père. »
Il obéit, cale mieux son séant sur le maigre coussin, en esquinte des rivets de ses jeans les dentelles élimées.
« Je t’ai surpris, à épier les cours des dernières années. Théologies comparées et philosophie, histoire comme littérature contemporaine. »
Bolton se penche sur son bureau, terriblement accusateur, quoique confident.
« Tu prenais des notes, mon garçon, dis-le, tu tendais l’oreille, poursuit-il. Et, le lendemain, tu cassais la mâchoire d’une des vedettes de notre équipe de rugby. Son seul tort avait été de cracher dans une Bible, à la bibliothèque. »
« C’est u… »
« Je le sais, le coupe le vieux grisonnant, voilà tout. Comme je sais que tu fréquentes plus les rayons de ladite bibliothèque que les filles. Ceux de ton espèce conviennent de rendez-vous secrets, pour mieux se bécoter avec les donzelles du dortoir d’en face. Tu ne salives que sur les pages jaunies de vieux manuscrits, mon gars. Dans tes copies, ne me dis pas le contraire, je trouve de l’intelligence, une structure, des idées neuves, une réflexion. Le programme de dans trois ans. Dis-moi le contraire, et je te renvoie sur-le-champ à ta famille. »
Aaron en a la mâchoire qui se déboîte presque.
« Vr… vrai, couine-t-il. »
« Et tu t’imagines que je m’en vais te laisser sombrer, petit, dans la fange que tu exècres ? Ah ! Idée saugrenue ! La prochaine fois que tu casses la gueule à un élève qui ne t’a pas provoqué, avec témoin à l’appui, je me fais fort de réclamer ton expulsion. Moi qui suis le seul rempart entre ce renvoi définitif et ta présence, au conseil de classe. »
Cette vérité, assénée sans aucune délicatesse, frappe de plein fouet Aaron.
« Lorsque je discours, avant que vous soit servi cette horreur de bouffe, tu es le seul à m’écouter. Les autres m’entendent, pour sûr, toi, tu tends l’oreille, sacrebleu. Tu penses par toi-même. Tes camarades sont là faute de parents pour les élever, ou de leurs bévues. On a de tout, crois-moi : récidivistes, saccageurs, irrécupérables, agresseurs en tout genre, la liste est longue. C’est un internat infernal. Du repentir que l’on propose, tu es le seul à le réclamer. Dis-le. Dis-le, bon Dieu ! Pourquoi es-tu là, à t’accoquiner avec le pire ? »
Le contusionné s’ébroue, se reprend. La tirade menaçait de le noyer, d’emberlificoter son cerveau, il serre les dents et les poings, les yeux écarquillés.
« Prêtre. Je veux être prêtre. Chasser les ombres, bannir les ténèbres. C’est ce que je veux. »
« Affaire entendue, s’exclame Bolton. »
Qui se redresse comme s’il fut sur ressorts. Le pied assuré, malgré le cidre, il amène sa carcasse face à Aaron, s’accroupit là, adossé à son bureau grinçant.
« Joins tes prières aux miennes, mon garçon. Ne serait-ce que cette fois. »
Il tend ses mains asséchées par la poussière de tomes antiques, Aaron les enserre entre ses doigts, desquels il a eu l’amabilité de nettoyer le sang qui y coagulait. Et si il n’y a là pas de Dieu pour nous accueillir, songe l’aspirant cureton, espérons qu’il s’y trouve néanmoins un peu de lumière.
Voilà un vœu exaucé.

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MessageSujet: Re: Background PJ Lacenaire: Beyond the stars   Mer 6 Juin - 14:34

Londres, 2010 (9)

La salle où font rage les débats, les battants d’une double porte de bois l’en séparent. Ce qui n’empêche pas les éclats de voix de filtrer. Du couloir où Aaron est sagement assis on ne saurait dire qui interpelle qui et, surtout, pourquoi. Ils sont une douzaine, à débattre, s’invectiver, du côté des gonds, sur son cas. Pour toute distraction le jeune prêtre a leurs harangues diffuses, leurs rires acerbes et leurs jurons, à ces vieux hiérarques. Sans quoi ne lui resteraient pour se changer les idées qu’un long couloir de bois, étroit, que longent des bancs faméliques. L’ensemble a été ciré, dernièrement ; la lumière du jour, jaillissant d’une large fenêtre, anathème du lieu, auréole les laques et illumine le parquet. Aaron souffle, éponge une goutte de sueur. L’atmosphère est étouffante, un orage menace. Pourtant, du dehors, la rumeur de Londres s’élève, tantôt vive tantôt assoupie, sourde. C’est au gré des sirènes et des klaxons que la ville vous écorche les tympans ou vous les berce.
La porte s’ouvre sur un vieux pasteur.
Ridé, la carcasse affaissée, ses atours d’ecclésiastique lui font comme une robe dans laquelle il flotte. Pour couronner le bonhomme un visage rieur, avec un nez mutin supportant des lunettes rondes. Une Bible dépasse d’une de ses poches, il la pose sur le banc, referme le battant. Aaron fait mine de feuilleter le Livre Saint.
« Comme c’est gentil de votre part, plaisante le jeune. M’amener quelque lecture. J’espère que vous ne vous dérangez pas que pour cela, ce serait trop d’honneur. »
« Reposez ce bouquin, mon ami, coupe sèchement le Père Bradshaw. Ma Bible ne traîne et ne se salit qu’entre mes propres doigts. »
Aaron obéit derechef, se retient de décocher un de ses sourires enfantins, qui veulent tout dire et rien à la fois. Surtout que sa barbe en gâche l’effet ; sale poil que sa flemme le retient de raser.
« Faites-moi donc un peu de place, voulez-vous ? »
La branche desséchée pose un bout de fesse sur le bois, vague excroissance vissée au mur.
« Ça discute très fort, dedans, ose Aaron. »
« Vous pouvez le dire, mon ami, vous pouvez le dire. Voulez-vous le détail ? »
Il hésite, joint ses mains, contemple le vide.
« Pour l’instant je m’en passerais. Sans offense, Père Bradshaw, que faites-vous ici ? »
Aaron se trouve là un courage nouveau.
« Déjà, dans un premier temps, vous dire toutes mes condoléances, jeune homme. Père Bolton était un ami, pour ne rien vous cacher. Vous ne serez pas surpris d’apprendre, qu’à l’école militaire qui nous a vu nous rencontrer, nous avons faits les quatre cents coups. Bourlinguer, essuyer les plâtres de nos excès, vivre des amours d’un soir et abjurer au petit matin notre foi… combien de fois ai-je renoncé à mes vœux ? Sans Bolton je ne serais pas là, à évoquer sa mémoire. C’est lui qui me ramenait à la lumière… après avoir partagé un peu de ma débauche, cela va de soi. Il me manque déjà. »
« Nous sommes deux, alors. »
« Bien plus, le reprend Bradshaw. Mais assez de notre deuil commun. Si nous passions à la seconde de mes motivations ? »
« Volontiers. »
Aaron hausse les épaules, partagé entre le dépit et l’incrédulité. Le comble, pour un prêtre. Canaille, le vieux extrait de sa soutane un paquet de cigarettes, en extrait deux, les allume, tend la surnuméraire à son jeune complice.
« Je… m… merci. »
Bradshaw recrache une épaisse fumée.
« De rien. Je préfère fumer en votre compagnie qu’en leur présence. Pas que je les exècre, non, mais ils ne supportent pas ce vice qui est… notre. Bolton m’en parlait, à l’occasion de nos échanges de mails. Il détestait cela, en vous. Selon lui, juste pour le citer, vous corrompiez votre âme autant que vos bronches, à sucer ces sucettes cancérigènes. Troisième motivation, voulez-vous ? »
« Euh… dites toujours, puisque je vais de surprise en surprise. Et… les cendres, sur le parquet, ce n’est pas trop abuser ? »
« On n’emploie pas des domestiques pour faire preuve soi-même de soin, mon jeune ami, rétorque l’ancien. Qui donc êtes-vous ? »
Question brutale, sans détour aucun, manquant de déstabiliser Aaron.
« Je… »
« Vous êtes à la frontière qui sépare les repris de justice des saints, jeune homme. Votre dossier nous en apprit de belle, sur vos faits et gestes passés. Autant vos résultats sont prodigieux, autant vos écarts de conduite frisent l’horrible. Toutes ces agressions, ces dégradations… qui côtoient les appréciations de vos professeurs, à l’internat. Imaginez donc cela : des enseignants qui se sont fendus de rimailles et de vers pour décrire vos travaux et votre perspicacité. Un comble, non ? »
Des vérités qui surprennent le prêtre sur la sellette. Nul ne lui en a jamais touché mot, pas même Père Bolton.
« Je n’ose y croire, souffle-t-il. »
« Dieu sait que vous ne manquez pas d’impressionner ceux que vous croisez, Frère Belyakov. Et si tous et toutes gardent le silence, c’est parce que vous vous illustrez également par des actes… disons… à la limite du conventionnel. Prenons par exemple votre homélie à propos du… de la… comment disiez-vous déjà ? »
« Mixité sociale, palie Aaron. »
« Cette idée déplaisante à l’ouïe de nos plus généreux donateurs. Mêler les classes sociales, abolir le parcage des milieux sociaux et ethniques. Un prêche d’avant-garde, mon Fils, à n’en pas douter. Il a fait des émules, le saviez-vous ? »
Sa sphère incandescente dérivant lentement, le soleil décline, début de crépuscule rouge et flamboyant. Le bois se tapisse de carmin et de reflets orangés.
« Non, admet Aaron. Je pensais inciter les gens à faire fi des convenances sociales, de leurs… »
« Préjugés, je le sais. Combien de fois ai-je enterré des docteurs en ci, en cela, abandonnés à la rue ? l’interrompe Bradshaw. Si seulement j’acceptais les interviews qu’on me presse d’accorder, la capitale se révolterait, face à cette seule vérité. Quelles ombres tentez-vous de chasser, Aaron, pour vous permettre d’ouvrir si grande votre bouche ? »
« Je n’ouvre ma gueule que pour chasser les ténèbres, crache le jeunot. Ne serait-ce que de mes ouailles. Pour commencer. »
« Pour vous la liberté est lumière, la servitude noirceurs. Concept simple, voire simpliste. Que dites-vous d’un infirme tel que moi, qui a choisi ses chaînes et qui en jouit ? »
Ledit prisonnier écrase sous son talon son mégot fumant, Aaron l’imite.
« Si c’est en tout état de causes, en pleine conscience, j’adhère aussi à ce vœu, rétorque-t-il. Au moins, vous, vous avez choisis cette voie. Quitte à en souffrir. »
« Vous me plaisez, rit Bradshaw, tout juste les mots d’Aaron prononcés. Ce que j’ai confondu avec de l’avant-gardisme n’était donc que cela… une dose de courage, une pincée de témérité et une foi intacte pour lier le tout. Dieu nous garde : tout vous prédestinait à diriger quelque secte obscure ou, pire, un parti politique ! »
« Bolton me disait la même chose, il y a deux ou trois ans. »
« Est-ce vraiment une surprise ? Je ne crois pas. Il a vu en vous ce que qu’il y a de plus immonde, ainsi que le meilleur, cette part lumineuse que vous portez. C’est de la fange où vous vous vautriez qu’il vous a arraché. Peu de temps avant qu’elle ne vous consume, cette mare nauséabonde. Je commence à comprendre pourquoi il n’a pas pris de femme : s’occuper de votre cas devait remplir à l’aise ses journées. »
Le jeune arque un sourcil.
« Quel marais évoquez-vous, Frère Bradshaw ? »
« Le fanatisme, Belyakov, le fanatisme crasse et suintant, ni plus ni moins. A quêter la lumière vous brûleriez le reste de l’humanité sans y prendre garde. Faites-vous toujours ces rêves monstrueux ? »
« Je vois que ces échanges de mails n’étaient pas vains, grince Aaron. Oui, je les fais encore, bien que les murs de ma paroisse en éloignent le pire. »
« Votre paroisse ? Mais nous sommes là, aujourd’hui, pour en décider ! Pas de jugement hâtif… la moitié de nos pairs penchent lourdement en votre faveur. N’êtes-vous pas volontaire, pieux et orateur confirmé ? Votre jeunesse joue en votre faveur, en votre personne certains anciens puisent une vigueur nouvelle. D’un autre côté… vous effrayez l’autre moitié, autant ne pas vous le cacher. Ces fantaisies barbares du passé portent votre griffe. »
Le soleil caresse une dernière fois le verre de la fenêtre, les ténèbres s’épaississent que – hop ! – des luminaires grésillent, au plafond. Ombres et chuchotements nocturnes sont chassés par la petite fée électricité. Sous cet éclairage Bradshaw prend dix ans : ses rides et les plis sous son menton semblent se multiplier.
« Et quelle est cette marque ? ronchonne un Aaron tout de même agacé. »
« L’intégrité et l’excellence, n’en doutez jamais. N’allez pas croire non plus que ce sont des traits de caractère que l’on trouve à chaque coin de rue. Votre passion est rare, en ces temps d’apathie. Bref, les vieux se déchirent et je suis là, à vous interroger. Une cigarette ? »
« Volontiers. »
Ils l’allument en chœur, savourent en silence la première taffe. Londres se pare d’un manteau noir, constellé de lampadaires et de fenêtres illuminées.
« Peut-on savoir les raisons de ce grand déballage, Monsieur ? »
Bradshaw ne paraissait pas prêt de rompre le silence, Aaron l’incise.
« Ma seule voix peut départager l’assemblée de vieillards, alors autant donner un sens à mon choix. Apprendre à vous connaître via le Net ne me suffisait pas, pas plus que le regard paternel que vous portait Bolton. Vous l’aurez, cette paroisse, et les ouailles qui vont avec. Je me fais fort de vous l’obtenir, parce que vous les méritez. Non, parce qu’ils vous méritent, eux. Autant les murs que les bigotes et les autres grenouilles de bénitier. C’est une congrégation qui se meure, alors soyez gentil : guidez-la dans la tombe ou ressuscitez-la. Mais, de grâce, menez-les au travers de ces âges nouveaux, quoiqu’il vous en coûte. M’entendez-vous ? »
Aaron acquiesce du chef, inspire une bouffée de son poison bon marché.
« Ils seront à ma charge si vous m’en pensez capable, complète-t-il. »
« Cela je n’en doutai pas. Je venais seulement voir de quel bois vous êtes. De celui employé pour les cercueils qui rythment notre vie ou d’un autre, genre chêne solide et centenaire, plus noble. »
« Et qu’avez-vous trouvé, au fond de cette forêt ? »
Bradshaw sourit, pauvre grimace qui bouscule les rides et les crevasses de sa face. Les plis de son nez se tassent, soulèvent légèrement ses lunettes rondes.
« Un saule pleureur gigantesque, capable d’abriter mille croyants. Ou bien autant de cadavres. Peut-être même pire, quelque créature de malheur. Mais qu’importe, maintenant : j’en ai décidé, de votre sort, nous vous laisserons les âmes de ces fidèles, à vous de les éclairer. Okay ? »
Aaron hoche la tête, autrement immobile sur ce banc étriqué. Plus grave que jamais.
« Et prenez garde à votre premier discours, mon Frère : il sera écouté, en espérant qu’il soit entendu par vos ouailles. Voilà pour un dernier conseil. Sinon voici mon numéro. Appelez-moi quand cela vous chante, j’ai l’insomnie impitoyable, celle des génies mais sans les avantages, déclare la vieille branche. Autrement tâchez de trouver une jolie femme, qui vivrait dans les environs : un mariage serait le bienvenu, d’ici à deux ans, pour charmer votre assistance. »
Et sur ce d’écraser la clope qu’il a à peine téter, se lever et pénétrer dans la salle de réunion.

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MessageSujet: Re: Background PJ Lacenaire: Beyond the stars   Mer 6 Juin - 14:35

Londres, 2011 (10)

Il y a là quelques pasteurs, qui sont venus lui présenter condoléances, encouragements et conseils, pour certains. Aaron a chargé son aide, le petit Adrian, de les reconduire. Adrian sait y faire, lorsqu’il s’agit de sourire tristement, d’un air navré. Autrement, pour tenir propre l’église, nettoyer les vitraux, faire reluire les statues, il y a fichtrement mieux. Mais le jeune pasteur n’en a cure : quitte à repasser derrière ses torchons, personne ne vaut Adrian pour amadouer les plus réticents des sans domiciles, lorsque ceux-ci quémandent un toit et un peu de soupe. Si Aaron en accueille les grands froids venus, ses ouailles plus nanties s’en plaignent. Déjà des fidèles menacent d’en référer aux plus hautes instances.
Comme si il en avait quelque chose à foutre.
Tout simplement, sans fard ni artifice autre que ce môme des rues, un adolescent bénévole, avec qui il partage son pain. Si Aaron refuse des désœuvrés, c’est toujours par manque de place. Si la bouffe vient à manquer Hamal, l’épicier du coin, est prêt à ouvrir son rideau de nuit, contre monnaie sonnante et trébuchante. Sans moufeter Adrian remplit des sacs entiers, que nul alcool n’encombre, s’en retourne à l’église. Depuis un certain temps les environs ne respirent pas la joie de vivre ; on dit la nuit hantée. Dans ce parc, oui, celui-ci, au milieu des habitations, rôde le mal, lorsque Phoebe daigne pointer le bout de son nez. A la nouvelle lune tout va bien, même si personne de sensé ne met les pieds sur les sentiers boisés. Au croissant, surtout quand il resplendit, les grilles sont cadenassées. Si le satellite se montre à moitié les rues contiguës au parc se vident, invariablement. Gibbeux, il fait se tourner les verrous de tout le quartier. Quand il éclot, fleur trop éclatante, tous les volets sont tirés, des militaires, fusils mitrailleurs en bandoulière, parcourent le parc. A deux pâtés de maison de là se dresse l’église, au clocher plus grand qu’aucun autre édifice. Pas étonnant qu’on s’y presse lorsque aucun autre abri n’ouvre ses portes. Où aller, autrement ? Forcer le hall d’un bâtiment, se faufiler ensuite dans la cage d’escalier, par tous les moyens s’éloigner du bitume et de l’asphalte, au grand dam des propriétaires ? Très certainement. Et voilà que les ouailles s’en plaignent également.
Aaron se penche sur un autel, ploie le genou.
Il se recueille dans les coulisses, tandis que la nef se remplit de fidèles. Au premier plan se pressent les pasteurs refoulés par Adrian, épaule contre épaule, leurs épouses juste derrière eux. Pour l’occasion les gens de la rue ont été sortis, Aaron n’y pouvait rien. Il a fait installer un mégaphone, à fin que ses réfugiés puissent l’entendre, communier ainsi que le font les chanceux.
« Si seulement ma voix pouvait les réchauffer, soupire-t-il souvent, dans l’intimité. »
L’humidité londonienne n’est pas une légende, bien que ce soir elle dépasse les limites, allant jusqu’à souffler certains cierges. Adrian en a disposé tout l’après-midi, autour de la nef et jusque sur l’autel. Pour le moment les projecteurs réduisent les ombres au silence et expulsent les ténèbres de l’église, Aaron prie et abjure le mal, la gêne, le stress. Il aura fallut un mois pour que se fasse la passation, ce soir le jeune homme prononce sa première homélie ; jusqu’à présent il s’était contenté de lire des manuscrits de Bolton. Le vieux les rédigeait d’une main tremblante, jusque sur son lit de mort. Aaron se contentait de les déclamer, sans jamais pouvoir les restituer à leur rédacteur : chaque monologue soulevait les foules, on l’adulait. Ce soir est sa première oraison, la sienne propre. Entre-temps, depuis le décès de Bolton, des orateurs se sont succédés, avec chacun son style, sa façon d’être. On l’a laissé en paix, Aaron en avait bien besoin : ses parents sont venus lui rendre une petite visite, avant de gagner les bancs de la nef. Bradshaw a insisté pour qu’il présente, lui, le petit nouveau, une famille unie et fière de sa réussite. Contre toute attente, après une décennie de séparation, sa mère et son père ont de bonnes mines, la vieillesse leur va bien. Il flotte comme un début d’intelligence dans les prunelles de son paternel, un brin de compassion et de fierté brille dans l’iris de sa génitrice. Pour l’occasion ils se sont vêtus avec soin, poussant la décence jusqu’à se parfumer. Certains pasteurs de l’assemblée ont cédés à ce si joli couple des sièges, presque au pied de l’autel et de son estrade. Derrière eux se pressent des groupes compacts, hétéroclites, masse bruissante et comme immobile.
Aaron éteint le cierge face à lui, se redresse.
Sa tenue est sobre, de fine couture, sa barbe taillée et son visage rafraîchi. Sa tignasse a été ordonnée, il a refusé qu’on la laque. Encore un effort et le pasteur rivaliserait Adrian et sa beauté enfantine. A ce sujet, maintenant que ça lui traverse la tête, il se décide à se séparer du sans domicile : de mauvaises langues sifflent, durant les soirées de certaines ouailles. On les dit un duo trop charmant. Aaron hoche la tête en direction du garçon, qui actionne lentement un interrupteur, dissimulé par un simple rideau. Les projecteurs perdent en intensité, les murmures s’atténuent, puis les chuchotements s’éteignent. L’église est plongée dans une douce lueur. Adrian rejoint la nef via un petit escalier, à l’aide d’une lanterne, ainsi que le faisaient les lampistes d’autrefois, rallume les cierges qui s’éteignent. Aaron apparaît, ni magistral ni théâtrale, juste très serein, quoique pas très souriant. Il contemple celles et ceux amassés ici, laisse divaguer ses sens, jusqu’à percevoir leur foi et leur ardeur. Adrian resplendit de fougue, bien qu’il se tienne tranquille, le reste de l’assistance semble pauvre d’inspiration. Hormis Bradshaw et de rares têtes inconnues, la moyenne frise l’abîme. Ils sont si nombreux, à le fixer en retour, pendus à ses lèvres closes, qu’il manque d’en défaillir. A lui de puiser au cœur de cette puissance qu’il a. A lui seul de donner le change.
Comme d’habitude, il n’a pas rédigé de discours, juste médité ses paroles.

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MessageSujet: Re: Background PJ Lacenaire: Beyond the stars   Mer 6 Juin - 14:36

« Mes biens chères sœurs, mes biens chers frères… »
Sa voix ne porte pas bien loin, les fidèles à l’abri des murs doivent tendre l’oreille pour l’entendre. Au dehors le mégaphone diffuse discrètement son message.
« … j’entends les loups à ma porte, comme je les vois à votre porte. Combien d’entre vous sont venus à moi, apeurés et en quête de réponse ? Me serais-je amusé à les compter que je ne me trouverais pas ici, ce soir, à évoquer la terreur qui nous mine, tous. Cette peur panique, crasse, qui empoisonne vos jours et envenime vos nuits, par contre, je peux dire combien d’entre vous elle a ramené au Créateur, à Son message. Voyez-vous, mes frères et mes sœurs, parmi vous je connais des brebis galeuses, des adultères et autres voleurs, peut-être même une paire de parricides… »
L’assistance se fige, même Bradshaw, qui essuie les regards courroucés de ses collègues.
« … tous revenus à la lumière divine, poussés par une frayeur sans nom. Un mal sans visage, pour contraindre les pécheurs à retourner sur le droit chemin. Mais je vois aussi, dans ces foules de repentis, de bonnes gens, fidèles à Dieu et à Sa volonté, assiégées par cette même engeance… alors, me dis-je une fois seul, assailli par le doute, est-ce vraiment Sa volonté, que de maltraiter des innocents ? »
« Non ! crie-t-on du dehors. »
Même éraillées par l’alcool, les gorges des désoeuvrés portent.
« A vos yeux, à vos faces atterrées, je devine que non : cela ne peut être Son œuvre. Cette plaie n’est pas une d’Egypte, pas plus que le Créateur ne Se dresse là, à martyriser Ses propres enfants. Et pourtant vous voilà, en Sa maison, à Son chevet, quémandant un peu de Sa lumière pour chasser les ténèbres… non pas assujettis à Sa volonté, mais pour Le prier de vous l’accorder… »
« Oui ! s’exclame une vieille, rapidement reprise par les ouailles au fond de la nef. »
En écho avec les désoeuvrés, à l’extérieur. La clique de Bradshaw reste attentive, ne s’échange plus de regards, ni de chuchotements.
« Grand bien vous fasse, à toutes et tous, mais je ne vois là qu’une illusion, reprend Aaron. »
Il se dresse, pas plus fier que cela, encore moins arrogant, quand fusent les premières indignations. Vagues de Oooh et de hoquets consternés.
« Parce qu’en ces temps de détresse, entendez-le bien, il se peut que le Créateur ne nous voit plus, emmitouflés de ténèbres que nous sommes. Si nous échappons à Sa sagacité, c’est que cette époque est trouble, aussi sombre que le sont nos cœurs, nos âmes. Nous L’implorons, après L’avoir oublié, pour écarter les ombres qui nous offensent, au mépris de Son enseignement… »
Tous maintenant échangent des regards effarés, plus seulement le collège de pasteurs.
« Dis-nous quoi faire, toi qui sait tout, apparemment ! ose un fidèle un peu éméché. »
Surtout particulièrement vexé, pour tout dire. Aaron ne laisse pas au doute le temps de s’installer.
« Amener à Dieu la lumière, plutôt que d’attendre la Sienne. Laissons ces ténèbres qui encombrent nos cœurs, notre foi, se consumer, ne craignons plus les ombres et avançons, tels que nous le faisions avant que n’apparaisse ce mal. Abandonnons derrière nous ces défroques noirâtres, polluées, allons d’un pas ferme et résolu, que notre bravoure perce la chape qui pèse tant, jusqu’à Le rejoindre… »
« Et la bête qui rôde, reprend le même ivrogne, hein ? T’en fais quoi ? »
Une rumeur de colère s’élève, de derrière les portes de l’église, des murmures indignés ou d’accords, de la nef.
« Tu la vois, toi, s’attaquer à toute la populace, qui passerait sans cesse devant son antre ? Moi pas, rétorque Aaron. Une bête est une bête, maléfique ou non : elle craint le foule et fuit toute lumière. A nous de briller, pour que, enfin, revienne Sa bénédiction. Par notre bonté, notre générosité et tout ce qui fait que Dieu nous aime, rejetons les ténèbres et abjurons les ombres, ôtons nos doutes et revêtons nos atours de fidèles, exorcisons ce mal de notre simple présence. Si en nos cœurs resplendit pour Lui de l’amour, quel maléfice oserait nous menacer ? Vivons hauts, fiers d’être Ses créatures, sur nos deux pieds, sous Son regard ! Que le sache ce mal anonyme, bête de malheur : il ne nous effraie pas, il ne nous terrorisera plus ! Qu’on le toise, qu’on le regarde face à face, qu’il apprenne que nos âmes vont à Dieu, ainsi que nos pensées et nos prières, que l’on cesse de marcher courbé. Ce n’est pas à sa menace que nous dédions nos cantiques, nos chants et notre foi, mais à Jésus, Son fils, que la bête nous entende, mes frères et mes sœurs, qu’elle nous voit, sereins. Parce que dans la Vallée de la Mort nous ne craignions aucun mal, ce n’est pas dans la vie, sous l’œil du Très Haut, que nous devons ployer le genou ! »
« Alléluia ! s’écrient des fidèles. »
« Marchons debout, vivons sur nos pieds ! »
« Dieu soit loué, Dieu soit loué ! »
Si l’effusion ne se généralise pas, c’est par dizaines que des regards exaltés s’illuminent.
« OR, reprend Aaron, mains ouvertes, bras écartés, je vous vois, chaque jour que Dieu fait, marcher, le pas traînant, le front barré de rides inquiètes, ou alors claquemurés, rivés au poste de télévision, abrutis par la climatisation et les journaux. Certains prient, oh que oui, je le sais, mais dirigent leurs psaumes au mal plutôt qu’à Dieu – je les sais qui demandent à la bête de quitter ces lieux, quitte à martyriser d’autres innocents, plus loin. En ces temps de détresses, il y a des gens qui recommandent le mal à autrui, plutôt qu’à leur foyer. »
Le pasteur rit de bon cœur, bien que d’un rire triste, accablé. Les feux des cierges enrobent les faciès des fidèles d’un halo incrédule. Tous sont pendus à ses lèvres, maintenant. Quoique pensent ces gens, les voilà qui pensent, un exploit en soit pour la majorité. Il suffit à Aaron de jeter un œil aux ombres leur alourdissant encore les traits pour trouver la force de poursuivre.
Et pourtant Dieu sait que sa diatribe n’a ni queue ni tête.
« D’autres, encore, se tournent vers des cultes divers. Que répondre à cela ? Est-ce un crime d’aller quêter ailleurs ce Dieu qui nous échappe ? Je dis que non. »
Nouveau taulé.
« Je dis également que oui, mes frères, mes sœurs. Peut-on jeter la pierre à celle et celui qui se cherchent une part du Créateur ? Lui qui nous a fait, à Son image, oui, c’est un premier crime que de Le nier, je vous l’accorde. Mais Le chercher, malgré tout, est-ce vraiment L’abandonner, je me le demande. Il est tout et un, unique et multiple, où que nous regardions, Il est là, à notre insu. En nous, en l’autre. L’autre, qu’il faut mépriser, tout bonnement parce qu’il est différent – la couleur de sa peau, ses habits, sa religion, qu’importe. Combien d’entre vous, dites-le vous pour dit, accusez qui des pakistanais, qui des jamaïcains, qui des indiens d’avoir invité cette bête ? Je me pose aussi cette question, voyez-vous. Jésus ne nous a-t-Il pas enseigné qu’il faut aimer son prochain, entre autres choses ? Il dit un jour, parce qu’Il y voyait plus loin qu’aucun d’entre nous : la nuit, quand on marche, on trébuche. N’est-ce pas s’aveugler que de pointer du doigt ceux qui nous sont différents ? N’est-ce pas là s’enténébrer et s’offrir, corps et âme, aux ombres ? Ne sont-ce pas des ombres, qui rôdent dans ce parc ? N’est-ce pas une invite à la dégringolade à propos de laquelle ce bon Jésus nous mettait en garde, mmmh ? Il aura suffit d’un fauve démoniaque pour précipiter les rancoeurs et attiser la bêtise, doux Christ… »
Aaron laisse passer la pilule, il le sait, difficile à avaler, moins simple encore à régurgiter. Encore un discours social, légèrement simpliste, mais rentre dedans, que s’enfilent les fidèles et le collège de pasteurs. Certains grincent des dents, Bradshaw sourit, les autres font mines d’entendre ce jeunot sur l’estrade. Il parle maintenant avec conviction, ni ne criant ni ne chuchotant : la juste intonation, au poil près. Bolton a su forger cette lame, se disent sûrement les vieux religieux.
« … plus encore, vous êtes, à s’être tournés vers d’obscures voies, cela aussi, je le sais. Maintenant que le rationnel s’écaille, tandis que monstres et sorciers reparaissent, nous cherchons à fuir, encore et encore. Crédules, avides, il y a des nôtres pour accomplir des rites sanglants, s’acoquiner de sectes dangereuses, s’adonner au mal dans toute sa splendeur. Ils sont rares, Dieu nous garde. »
Encore des murmures, approbateurs pour la plupart, appuyés par les regards neutres ou satisfaits des pasteurs réunis au premier et au second rangs.
« Méthodes hérétiques, périlleuses, je ne le dirais jamais assez. Si le Très Haut nous a doté de foi, de Sa force, pourquoi se tourner vers des forces impies, désuètes au regard de Sa puissance, au risque d’y laisser son âme ? Y a-t-il pire folie, je ne sais… »
Il toussote.
« … que dire, alors, de ceux qui se donnent totalement à leur foi ? Que dire de ceux-ci, pour lesquels l’amour du bûcher prévaut sur la piété ? Sont-ils pour autant des saints, eux qui oublient la compassion et le pardon ? Regardez bien, avec attention, celles et ceux qui, autour de vous, gardent près du cœur un porte bonheur… qui n’a jamais consulté son horoscope, parié sur un coup du sort, une intuition, un gri-gri quelconque ? A l’heure où les sacrilèges se succèdent, je vois également de ces gens, croyants ou païens, qui respectent la vie et en appellent à Sa lumière, sans arrière-pensée. Des gens qui ne sacrifient aucune existence, pas même de leur sang, des gens qui se vouent à Sa création, à leur manière. Des gens que l’on mènerait derechef à ses maudits bûchers, si l’occasion était offerte. Ce pourrait être votre caissière, votre collègue, un proche, chez qui cet âge nouveau a renouvelé la foi… »
Dans l’assistance un jeune homme rougit, honteux. Ne serait-ce pas là un imprudent, qui s’était essayé à tracer un pentacle sur les vieilles pierres de l’église ? Nul doute. Ce soir il a remisé ses habits noirs, à la place du bibelot sacrilège qu’il portait c’est un crucifix tout simple qui pend. Au côté d’un talisman rudimentaire, sensé le protéger de la bête qui rôde.
« … Oh, je le sais bien, cette foi nouvelle n’a rien de conventionnel. Plutôt qu’à la Sainte Bible, c’est à d’étranges formules et rites ces gens s’en remettent. Je le déplore, pour ne rien cacher, mais je ne peux m’empêcher de penser, quand la paix du Seigneur m’habite : en voilà encore, de Tes fidèles qui s’ignorent, Seigneur Dieu. Parce qu’aujourd’hui, mes frères et mes sœurs, les miracles sont de retour ! »
Le propos s’affaiblit, le ton s’élève, ralliant les attentions, jusqu’aux plus vacillantes.
« Les scientifiques se sont tus, Rome et les papistes se perdent en conjectures, alors qu’au dehors, là, sous notre nez, vadrouille un monstre des temps anciens. Nous nous tournons vers Lui pour réclamer la paix, Sa lumière, alors que c’est devant nous, évidentes, que se trouvent Ses grâces ! Il y a un mal, là, qui doit être vaincu, qu’on se le dise, mais avec sont revenues les vieilles croyances. Des vieilleries que les suppôts de papes successifs se sont empressés de passer au feu ou sur le fil d’une lame, avec la cruauté que l’on sait. Et j’en vois parmi nous qui, tandis que sont de retour la foi et ses miracles, pensent qu’il faudrait brûler tout cela. Sur-le-champ, parce qu’ils ont peur. Et cette peur, mes frères et sœurs, je ne peux la tolérer. Fuyons tant qu’il est temps, s’échinent à dire d’autres. Cette lâcheté, je n’en veux plus dans la Maison de Dieu, ni en nos cœurs. Ténèbres que tout cela ! A l’aune des bûchers et des lynchages il ne peut y avoir que d’ombre. Sous Son regard, éternellement vigilant, ne doit régner que lumière, à fin que nous illumine La sienne. Ainsi, qu’on se le dise, nous chasserons les ténèbres et dissiperons les ombres. Ainsi seulement serons nous dignes de Lui… »
Un sourire s’épanouit sur la face d’un médecin fort beau, perdu dans la masse de fidèles. A leur instar l’ancien Caporal est silencieux, bien que pour des raisons différentes. Si l’homme, rasé de frais, se tait, c’est pour mieux sourire. Le reste de l’assistance est muet car subjugué. Là où les journaux télévisés en font des brèves discrètes, alors que les tabloïds en font un pain croustillant, un pasteur évoque clairement l’épisode douteux que traverse Londres. Résurgence de sorcellerie et de sectes, pour une bonne moitié apocalyptiques, étrangetés en tous genres, la Chambre des Lords reste de marbre, la Reine ne descelle plus ses lèvres. Et le voici, ce Père Belyakov, célibataire et ancien combattant – Bagdad, la Mère de toutes les putains selon les vétérans –, qui vous pète toutes les vérités passées sous silence en un discours. Pas un murmure ne perturbe l’église et ses statues muettes.
« … Amen ! s’écrie Aaron. »
Plus fermement que fort, la foule de reprendre.
« Amen ! »
« Alleuiah ! »
« Dieu est grand ! Chantons, chantons ! »
Un chœur improvisé, sous les yeux du pasteur, auquel vient se joindre la chorale formée sous Bolton. Adrian rallume lentement les projecteurs, par les vitraux s’échappe la noirceur nocturne. On laisse pourtant se consumer les cierges et autres chandelles. Clairement, Aaron n’en est pas pour autant un mélomane compétent, ses fidèles sont de piètres chanteurs. Au moins a-t-il le loisir de trouver en leur chant de casserole un peu plus de foi. Une croyance forte, qui risque bien de passer la soirée, la matinée à venir et peut-être même le lendemain. Une véritable foi, qui dure et marque, tant qu’elle sera renouvelée. En espérant qu’elle soit addictive, d’ici deux ou trois ans, on pourra monter une croisade, songe Aaron, qui joint sa voix de fumeur à celles de ses ouailles.
Et cette pensée de refroidir sur-le-champ son enthousiasme.

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MessageSujet: Re: Background PJ Lacenaire: Beyond the stars   Mer 6 Juin - 14:37

... Shocked ...
Un grand malade, je vous dis. J'ai préféré ne pas laisser à d'éventuels lecteurs le temps de lire puis de répondre, à but affiché de "sauvegarder la continuité du texte".

Ouala. Suspect

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MessageSujet: Re: Background PJ Lacenaire: Beyond the stars   Jeu 7 Juin - 13:24

N'hésitez pas à laisser de commentaires ("t'es un dieu, un gros naze, c'est trop long, pas bien, trop top" etc.) pig
HOP! Un questionnaire!

*


1 - Votre nom, prénom, ethnie?

Aaron, Belyakov. De probables origines russes, lointaines.

2- D'où venez vous? Etes-vous originaire de Londres?

Banlieue londonienne, à la périphérie du réseau ferroviaire et non loin des terminaux de bus.

4 - Qu'est ce qui vous laisse croire que vous êtes quelqu'un de spécial?

Rien de bien concret. Juste des rêves tenaces, cauchemars et songes réunis, que personne – pas même moi – ne sait expliquer…

5 - Avez vous des croyances religieuses ou autre?

Je suis un fervent croyant, pratiquant... et un pasteur anglican.

6 - Que pensez vous de l'occulte en général? (magie blanche, magie noire, voyant, etc...)

Je reste vigilant. La sorcellerie se répand, à l’abri des regards, conjurant le Démon plutôt qu’en appeler à Dieu. Un peu partout apparaissent des devins et autres diseurs de bonne aventure, plus ou moins compétents et crédibles… La population se laisse happer, sans prendre garde aux risques. La magie blanche, elle, ne peut être que l’œuvre du divin.

7 - Pratiquez vous dans le domaine de l'occulte / la sorcellerie? Qu’est ce qui vous intéresse dedans?

Je m’essaie à la pratique de la magie blanche, pour une seule raison : chasser les ténèbres et approcher du Créateur.

8 - Où vivez-vous à Londres? Que pensez-vous de cette ville?

(NB : où dans Londres ? Excellente question…) C’est une ville digne, malgré le voile d’ombres qui l’a recouverte. On y trouve une tolérance singulière, qu’il nous faut cultiver, coûte que coûte.

9- Quels milieux fréquentez-vous (gang, haute société, artistiques, administratif, etc.) ?

Je ne suis pas exclusivement dédié à mon temple. Je m’emploie à fréquenter d’autres personnes que mes collègues et ouailles – galeries d’art, musées, librairies, bibliothèques, cinémas. Saupoudrez cela de salons et quelques soirées (de charité), de radios anglicanes et des réunions de quartier et vous y serez.

10 - Sur le domaine de la vie nocturne, quel genre de lieux fréquentez vous (soirée mondaine, séances de voyance, night club branché, soirée punk, etc.) ?

Tout me chaux, tant qu’on y blasphème pas à tour de bras. Il m’arrive de passer un blouson et de passer une soirée dans un pub populaire, juste pour changer d’air. Sinon ce sont plus, comme précisé au-dessus, des réceptions mondaines, liées à ma vocation.
Je fuis les réunions politiques.


11- Avez vous de la famille ou des amis ? (c'est mieux de mettre une petite description en plus)

Je compte quelques amitiés, effectivement.
Mister Blake, anciennement Caporal de la Marine Britannique, avec qui j’ai partagé le bourbier irakien, en est. C’est un homme serein, que sa famille a abandonné alors qu’il était sur le front. Pragmatique, ce médecin s’est réintégré aux urgences d’un grand hôpital de la capitale.
Père Bradshaw, un collègue âgé, qui ne s’occupe plus qu’occasionnellement de sa paroisse. C’est un chef spirituel de l’église, du moins en Londres, franc tireur et libre penseur. Il chapeaute les âmes en cette période troublée et laisse sa chance aux jeunes esprits…
Pour ce qui est de mes parents, laissons-les croupir dans la bêtise qui est la leur (Betty et John Belyakov, pour infos, retraités et idiots parfois encombrants).

12 – Avez-vous des problèmes (ennemis?) avec des gens? (description aussi)

A ma connaissance non. Ceci dit mes appels à la tolérance, à l’amour de l’autre et des autres religions (magie blanche comprise) ne doivent pas m’avoir attiré que des sympathies…


13- Avez vous un casier judiciaire?

J’ai manqué de remplir le mien durant l’adolescence ! Ce à quoi j’ai échappé : coups et blessures – ayant entraînés une invalidité partielle –, agressions divers et variées… Mes antécédents traînent certainement quelque part, entre deux dossiers, dans le circuit des instituts de la grande éducation…

14 - Quel est votre métier/occupation?

Pasteur ! De fait j’ai la charge de tout le voisinage. Les âmes, les soucis – graves ou bénins – de mes concitoyens, leur salut… et leurs doléances. Un boulot à plein temps, sans rire. Les périodes de détente sont assez rares, mais le travail n’est pas particulièrement éreintant. Contrairement à ce qu’il était en Irak.

15 Par ce métier avez-vous des contacts importants avec des gens de ce milieu?

La « communauté » de pasteurs prend parfois l’allure de clubs bien fermés. Sinon, oui, clairement, les contacts sont nombreux, fréquents et d’une certaine importance. Les médias se font une joie de venir interviewer les prêtres, à fin d’entendre leur avis sur cette étrange époque qui est la nôtre. Résurgence de la magie oblige, j’imagine…

16 - Vos passions, hobbies, goûts et dégoûts?

Ma passion ? La lecture, la discussion, le partage – tout les constituants du savoir. Sinon j’accorde une énorme importance aux vies, celles de mes ouailles, les autres également. Les aléas de l’existence, des parcours de chacun…
Je déteste : le prosélytisme en tout genre, même dans l’église anglicane.
J’apprécie : l’honnêteté et le libre arbitre. J’ai en horreur les moutons et les conformistes, pour tout dire.
Sinon je suis fan de cinéma et de culture alternative…

17 – Avez-vous un tic? Si oui lequel?

Je fume dès que possible et sans y prendre garde ; il m’arrive de pencher la tête, interrogateur, en plissant les yeux.

18 - A quoi ressemblez-vous physiquement, quels vêtements portez-vous?

La trentaine, bien portant, barbe et cheveux en pagaille. Côté atours c’est le strict minimum : chemise de pasteur, col de pasteur, pantalon de pasteur, vestes de pasteur… et à l’occasion mon vieux perfecto.

19 - Avez vous un intérêt pour la mythologie?

Oui. Elle contient les idées primordiales, celles qui ont faits les fondations de l’humanité et de ses diverses pensées. Et puis, il faut l’admettre, certains mythes sont un régal à lire.

20 - Votre plus grande qualité? Votre plus grand défaut ? (selon vous)

L’obstination. Autant en qualité qu’en défaut. Je m’accroche – sans toujours le paraître – jusqu’à ce que les problèmes soient résolus. Parfois cela tient du fanatisme, d’où le défaut…

21 - Votre plus grande qualité? Votre plus grand défaut ? (selon vos proches)

L’écoute, selon Bradshaw et Blake, serait ma plus grande qualité. Pour eux deux mes « œillères » constituent un défaut patent de ma personne…

22 - Quels sont vos lectures, musiques, film, bd préférés? Pourquoi?

Film : L’Exorciste, le premier du nom. Pourquoi ? Va savoir…

Musique : Vivaldi, les quatre saisons. Un peu de Wagner et de Hendrix, Clapton. Pourquoi ? Tous des virtuoses.

Bande dessinée : The Authority, comics politiquement incorrect. Pourquoi ? Le franc parler, la mise en abîme des supers héros « propres sur eux » que l’on croise trop souvent. J’en lis un passage tous les soirs.

Lecture : tout Irvin Welsh, l’auteur de « Trainspotting ». Parce que chez lui il n’y a pas de compromis. Mais, quand même, de la délicatesse et des sentiments vrais. Sinon Le Maître et Marguerite, de Boulgakov, mon centième livre de chevet…

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MessageSujet: Re: Background PJ Lacenaire: Beyond the stars   Dim 17 Juin - 13:20

Adrian


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MessageSujet: Re: Background PJ Lacenaire: Beyond the stars   Lun 18 Juin - 22:42

Ah, ils sont goutus, y'a pas à dire!

Love you, Master Twisted Evil

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MessageSujet: Re: Background PJ Lacenaire: Beyond the stars   Lun 18 Juin - 23:44

Eh beh, un homme d'Eglise ouvert aux cultes païens et large d'esprit c'est pas courant ça, il faudra que j'en parle à Joseph à moins que tu ne te confesses avant mon fils...

J'aime beaucoup la petite dédicace à Carnival...

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MessageSujet: Re: Background PJ Lacenaire: Beyond the stars   Mar 19 Juin - 10:37

oui je pense qu'il y a une bonne matière a s'exploiter Twisted Evil

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MessageSujet: Re: Background PJ Lacenaire: Beyond the stars   Mar 26 Juin - 13:43

J'n'attends que ça Rolling Eyes
"Ouvert aux cultes païens"? Je dirais plutôt: "tolérant dans une certaine mesure". Wink

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MessageSujet: Re: Background PJ Lacenaire: Beyond the stars   Mar 26 Juin - 13:48

Oui sauf que depuis 2001 Dieu est revenu...tu vois ce que je veux dire. On peu jouer sur les mots.... mais surtout quand on est bien haut dans la hiérarchie lol! Twisted Evil

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MessageSujet: Re: Background PJ Lacenaire: Beyond the stars   Mer 27 Juin - 17:28

fablyrr a écrit:
Oui sauf que depuis 2001 Dieu est revenu...


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MessageSujet: Re: Background PJ Lacenaire: Beyond the stars   Mer 27 Juin - 18:01

:mdrbis: Laughing Héhé, bien joué Wink

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MessageSujet: Re: Background PJ Lacenaire: Beyond the stars   Mer 27 Juin - 19:30

je ne l'avais pas vu venir celle ci :mdrbis:

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MessageSujet: Re: Background PJ Lacenaire: Beyond the stars   Jeu 28 Juin - 14:00

Comme quoi, le Père Belyakov, il vit avec son temps.
Explain, Jack, explain!

Citation :
Si les bûchers sont éteints depuis belle lurette en Europe, les procès en sorcellerie font encore des milliers de victimes dans le monde, une entreprise de persécution sur laquelle d'éminents universitaires vont se pencher cette semaine dans le Grand Nord norvégien.

Dans la petite ville arctique de Vardoe, haut lieu de la chasse aux sorcières au XVIIe siècle, une soixantaine de spécialistes internationaux vont très sérieusement plancher de jeudi à samedi sur la sorcellerie et sa perception dans les sociétés anciennes et contemporaines.

"Si les sorcières ou les personnes présumées telles ne sont plus persécutées en Occident, elles le sont encore couramment en Afrique, au Mexique, en Inde, en Indonésie et en Malaisie", explique l'un des organisateurs de la conférence, l'historien Rune Blix Hagen de l'université de Tromsoe (nord de la Norvège).

"Dans ces pays, on a brûlé plus de sorcières ces 50 dernières années qu'en Europe" aux XVIe et XVIIe siècles, lorsque 50.000 personnes périrent sur le bûcher, ajoute-t-il.

Aujourd'hui comme hier, les supposées sorcières sont le plus souvent des victimes expiatoires que la communauté accuse d'être à l'origine de malheurs, de maladies, d'une disparition, d'un naufrage, d'une récolte décevante, d'intempéries et d'accidents en tout genre.

En République démocratique du Congo, selon des responsables d'ONG, des milliers d'enfants handicapés ou séropositifs, et qualifiés à ce titre d'"enfants-sorciers" par des pasteurs autoproclamés d'Eglises pentecôtistes, sont jetés à la rue, voire assassinés.

"La principale raison, c'est l'ignorance, le besoin de trouver un bouc-émissaire", affirme Riitta Leinonen, une autre coorganisatrice de la conférence.

"En Afrique, ce sont surtout les femmes et les enfants qui font les frais de ces procès en sorcellerie. Les hommes, eux, sont moins vulnérables en raison de leur statut social plus solide", précise-t-elle.

Alors que la chasse aux sorcières semble gagner du terrain sous d'autres latitudes, la sorcellerie a plutôt le vent en poupe en Occident.

En témoigne la relative popularité aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne et au Canada de la Wicca, une philosophie néo-païenne qui trouve ses sources dans le chamanisme et le druidisme notamment.

"Ceux qui pratiquent la sorcellerie aujourd'hui en Occident estiment qu'ils perpétuent une certaine forme d'art qui était en passe de disparaître. Ils se focalisent sur la magie positive ou sur des techniques de guérison", souligne le professeur Hagen.

Au-delà du cercle encore restreint des Wiccans, la sorcellerie bénéficie d'un succès d'estime grâce à l'effet Harry Potter, la série de best-sellers de l'écrivain anglaise JK Rowling.

Les aventures de l'apprenti sorcier, traduites en 64 langues et vendues à plus de 325 millions d'exemplaires, et des séries télévisées prisées telles que "Ma sorcière bien-aimée" et "Sabrina, l'apprentie sorcière" ont fait basculer dans le domaine du divertissement des pratiques jusqu'alors occultes.

"Le phénomène Harry Potter montre qu'il y a aussi des forces positives, et pas seulement maléfiques, dans la sorcellerie et que la magie innocente peut être une bonne chose", estime Mme Leinonen.

Réunissant des experts venus des Etats-Unis, de Grande-Bretagne, d'Australie, d'Allemagne et des pays nordiques, la conférence de Vardoe s'articulera autour de trois chapitres: "La sorcellerie dans la littérature et dans l'histoire", "Torture, persécutions et droits de l'Homme" et "Sorcières, chamans et démons".

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MessageSujet: Re: Background PJ Lacenaire: Beyond the stars   Ven 29 Juin - 18:18

J'ai trouvé un prrriiiiiiiiiiiiiinnnnt!
:D

C'est là:



Pas mal, non?

edit : j'ai mis ce qu'il fallait pour que ca soit visible Wink

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