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 [werewolf : wild west] ireland departure LACENAIRE

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fablyrr
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MessageSujet: [werewolf : wild west] ireland departure LACENAIRE   Mar 9 Jan - 17:21

La convocation au caern de Dublin avait été tardive. Une mesure d’urgence pour cause d’épidémie en ville. S’ajoutant à la famine gagnant de plus en plus de territoires en Irlande pour des raisons anglaises, la situation devenait catastrophique. Et c’est ce soir là, alors que tout le monde était morne , fatigué et légèrement agressif qu’un rituel de la Lance arriva dans le caern. L’ouverture fut rapide et c’est une marée de flaiels , monstres et autres Danseurs de la Spirale Noire qui se déversa tel une marée de miasmes dans le centre du Caern.
La majorité des Fenrir et des Fiannas tomba en frénésie. Que cela soit à cause de la colère, du totem du dragon de feu ou des pouvoirs des esprits du Ver, tout devint fureur et combat. Le sang se déversa, les griffes déchiquetèrent fourrure et chaires et en quelques minutes les défenseurs du Caern perdirent le dessus dans la bataille. A ce moment là le maitre des Rites, Fureur-du-Soir hurla un ordre à la poignée de louveteaux encore sur les lieux. Il avait vite compris qui gagnerait la bataille.
« fuyez, fou que vous êtes ! Rejoignez les caern des Amériques et portez la nouvelle de notre mort glorieuse. »
Certains hésitèrent, les plus belliqueux, obligeant l’ancien a utiliser ses dons pour les effrayer. Par meute ils quittèrent les sous sols de Dublin et rejoignirent la ville tant qu’ils purent. Ils savaient que des navires d’exilés partaient pour Boston ou New York. Il ne restait plus qu’a se faire une place (payer une place ?) sur ces navires et tenter de survivre au voyage au milieu des miséreux affamés et malade partant pour le grand continent.




Cette première partie vous permet de décrire chacun votre meute, le voyage et donc la destination au choix d'arrivée : New York ou Boston Wink
Avot' bon coeur !!
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fablyrr
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MessageSujet: Re: [werewolf : wild west] ireland departure LACENAIRE   Mar 16 Jan - 13:10

De 1846 à 1848 une maladie de la pomme de terre (aliment de base en Irlande) provoque une effroyable famine : environ un tiers des Irlandais meurent de faim. C'est la Grande Famine (An Gorta Mór), qui provoquera la plus formidable émigration de l'époque : la moitié des survivants s'embarquent pour le Nouveau Monde, particulièrement au Canada et aux États-Unis.
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MessageSujet: Re: [werewolf : wild west] ireland departure LACENAIRE   Mar 16 Jan - 15:26

Pour notre culture à tous:

Non seulement la maladie de la patate ravage les exploitations de paysans irlandais, mais la Couronne anglaise, depuis Cromwell (et avant aussi, me semble-t-il) prélève un impôt faramineux en... céréales! Ainsi, privés de blé, d'orge etc, les irlandais se rabattent sur la patate. Du moins jusqu'à ce qu'elle soit infectée.

Pour anecdote cette famine laissera des marques pour les décennies suivantes; des fosses communes sont creusées un peu partout. C'est à cette époque que naissent plusieurs superstitions, notamment celle du "bout de pain".
Tout voyageur se doit d'en garder un au fond de sa poche; si par malheur il foulait une de ces fosses, et qu'un trépassé le prendrait mal, il peut faire offrende de sa miche de pain, calmant ainsi l'esprit en peine (ces morts étaient rarement enterrés dans le respect des digmes catholiques, et l'irlandais de l'époque étant très attaché à ceux-ci...)

Lace', "origines irlandaises assumées et anglaises non assumées" Laughing
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fablyrr
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MessageSujet: Re: [werewolf : wild west] ireland departure LACENAIRE   Mar 16 Jan - 15:29

ok d'accord mais ca n'avance pas beaucoup plus le tas de poils en route pour les amériques Wink
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MessageSujet: Re: [werewolf : wild west] ireland departure LACENAIRE   Mar 16 Jan - 15:33

fablyrr a écrit:
ok d'accord mais ca n'avance pas beaucoup plus le tas de poils en route pour les amériques Wink

La semaine prochaine, juré craché, si j'mens, je vais pas m'en faire pale
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fablyrr
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MessageSujet: Re: [werewolf : wild west] ireland departure LACENAIRE   Mar 16 Jan - 15:49

Bien donc voici les 2 destinations de passage opbligé ensuite c'est free :

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MessageSujet: Re: [werewolf : wild west] ireland departure LACENAIRE   Mer 24 Jan - 11:05

Lacenaire a écrit:
fablyrr a écrit:
ok d'accord mais ca n'avance pas beaucoup plus le tas de poils en route pour les amériques Wink

La semaine prochaine, juré craché, si j'mens, je vais pas m'en faire pale

Rolling Eyes Rolling Eyes
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MessageSujet: Re: [werewolf : wild west] ireland departure LACENAIRE   Jeu 25 Jan - 1:07

Personnellement et même si je ne joues pas j'aurais un petit faible pour Boston, sa construction navale, son industrie du cuir, sa fortune retenue par quelques vieilles familles (les brahmanes de Boston), son immigration d'Irlandais et d'Italiens et pour Nathaniel Hawthorne et sa lettre écarlate...
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MessageSujet: Re: [werewolf : wild west] ireland departure LACENAIRE   Ven 26 Jan - 14:08

Yo! Bon, j'aurais mis le temps, la faute à la tortue qui, depuis quelques semaines, me sert de cervô. L'intégralité de ce que j'ai rédigé jusqu'à maintenant n'est pas là: trop long, trop brouillon.
Voici donc l'intro.
En espérant que mon meujeuh me pardonne wolf

*

« Regarde, mais regarde donc, s’écrie Bran. »
« Quoi donc ? s’exaspère Ned. »
Le premier, un garçon de ferme roux comme l’automne et plus malin qu’un renard, fronce les sourcils.
« Eh bien… tomber les étoiles ! »
Du haut de son échafaud, Bran toise son camarade, plus chétif, le trait plus doux, bien qu’il soit plus âgé. Leurs vêtements respirent la pauvreté, à l’instar de ceux des spectateurs, venus en nombre. Entassés tout contre la scène improvisée, les rangs compacts suivent l’improvisation avec assiduité.
Ned, plus subtil dans son jeu, ouvre grands ses yeux, feint de les voir, ces étoiles mourantes.
« Vains Dieux ! s’exclame-t-il. Quelles sont horribles ! Qu’est-ce ? »
« Les vindictes du Grand Ver ! J’en discerne une qui va se fracasser sur la demeure de Lady Catelyn ! »
« Non ! »
« Si ! »
Les enfants juchés sur les épaules d’un parent se retiennent de crier, désappointés. Il ne peut rien arriver à Lady Catelyn : elle est bien trop gentille pour cela. Autour des spectateurs la rue s’agite et se meuve ; des centaines de pieds, passants ou animaux de trait, soulèvent une boue épaisse.
« Allons à sa rescousse ! braille le rouquin. »
Avant, d’une pirouette, de bondir de son échafaudage brinquebalant, qui dans l’esprit des badauds valait bien les remparts censément figurés. Une gamine, Lady Catelyn, jette un voile sur les deux acteurs improvisés, les recouvrant tant bien que mal.
« Demain, à la même heure, les suites des périples de Bran et Ned ! scande-t-elle de derrière la scène. »
Ses mèches cuivrées croulent sous le poids de fausses émeraudes, rutilantes et de verre. Dans un même élan les mains des spectateurs partent en quête d’une pièce, d’une miche de pain oubliée au fond d’une poche. Le tintement des menues monnaies est annonciateur d’une performance rentable.
Presque seul dans les ombres, Jack sourit.
Il est là, posé sur un cageot pourri, à surveiller les alentours. Sa réputation vaut tous les coups de poignard du monde : ces gens, désoeuvrés, qui tournent autour des recettes du théâtre d’improvisation, font demi-tour à sa seule vue. Jack a appris, au détour des ruelles où l’on peut écharper tranquillement, à se faire un nom, à défaut de respect. La faune de la Nouvelle York n’a qu’à bien se tenir, le jeune homme veille au grain et déchire l’ivraie. Du moins sur deux pâtés de maison, ce qui n’est déjà pas si mal. Les façades du coin s’articulent autour d’une place de boue, fréquentée et porteuse. Pourtant, à force de fenêtres condamnées et aveugles, l’endroit semble abandonné de Dieu, plus décrépi qu’il n’est possible. De rares enseignes réchauffent l’atmosphère, vendeurs de liqueur et de chair fraîche. Jack ne pouvait rêver mieux. Encore des pièces tombent sur le semblent de rideau, un vague drap repiqué ici et là. Enfin la foule se disperse. Dans son dos s’étend un parc, selon la marie et son bourgmestre corrompu, d’au moins vingt mètres carré. Au cœur d’un buisson rachitique une forme contrefaite s’ébroue ; un museau épais, qui n’a d’humain que le nom, s’en extrait, suivi par l’humanoïde épais et difforme auquel il appartient.
« Ils arrivent, glisse discrètement le Métis à l’oreille de son Alpha. »
Jack s’agace, renifle.
« Je sais, ment-il. »
Puis chasse le museau et ce qui va avec d’un geste méprisant. Effectivement, à bien y regarder, deux malfrats s’approchent. A quoi les reconnaît-il ? Ces vêtements trop chiches pour leurs mines patibulaires ? Leurs regards, hantés par des victimes en trop grand nombre ? Leur pas – saccadé et souple à la fois, soulevant peu de boue ? Le premier, tandis que Catelyn retire à elle le drap, révélant Bran et Ned au crépuscule naissant, se campe à bonne distance de Jack.
« C’est le jour du paiement, dit-il, hésitant. »
Un de ses prédécesseurs, que l’on a retrouvé nu et fou sur une colline, avait simplement manqué de… tact, en embêtant Bran. Le jeune homme extrait deux billets, une rareté ici bas, de sa poche. Tandis que Ned et Catelyn ramassent et comptent le fruit de leur spectacle. Ned, lui, réunit les planches et le rideau. Demain encore l’échafaudage, celui monté là par des ouvriers depuis occupés ailleurs, servira – qui sait – de cimes ou de fortin. Jack glisse la coquette somme entre les doigts du racketteur.
« Avec mon bonsoir, ajoute-t-il. Et mes respects. »
Tout avait si mal commencé que cette seule réussite justifie ses grands airs. Il se remémore, revient sur des épisodes douloureux. La fuite, d’abord. Le Caern englué dans le sang de ses frères. Les jours de galère, à errer en Dublin. La traque. Leur départ, les morts qui, trop nombreuses, la précédèrent. Ici, au moins, ils mangent à leur faim, parfois font bombance. New York, comme pour approuver, accueille la nuit à grand renfort de lampes à huile, de torches et de chandelles.
Jack Hamilton se souvient.
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fablyrr
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MessageSujet: Re: [werewolf : wild west] ireland departure LACENAIRE   Ven 26 Jan - 14:40

pas mal , vivement la suite alors Wink
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MessageSujet: Re: [werewolf : wild west] ireland departure LACENAIRE   Ven 26 Jan - 15:49

Effectivement pour un début, c'est très bon. La travaille lentement mais elle travaille tellement bien qu'on lui pardonne tout
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MessageSujet: Re: [werewolf : wild west] ireland departure LACENAIRE   Ven 26 Jan - 16:06

Embarassed arrêtez les louanges, je vais finir par vous croire Embarassed
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MessageSujet: Re: [werewolf : wild west] ireland departure LACENAIRE   Ven 26 Jan - 16:45

c'est pandore qui va etre triste qu'on lui dise pas la meme chose Wink
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MessageSujet: Re: [werewolf : wild west] ireland departure LACENAIRE   Ven 26 Jan - 16:57

... alors qu'elle est 'achement plus douée que moi...
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MessageSujet: Re: [werewolf : wild west] ireland departure LACENAIRE   Ven 26 Jan - 17:08

fablyrr a écrit:
c'est pandore qui va etre triste qu'on lui dise pas la meme chose Wink

Elle a pas encore mis son texte la demoiselle non ?
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MessageSujet: Re: [werewolf : wild west] ireland departure LACENAIRE   Ven 26 Jan - 17:13

Si dans le sujet a coté avec meme titre mais marqué PANDORe lol!
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MessageSujet: Re: [werewolf : wild west] ireland departure LACENAIRE   Dim 28 Jan - 5:07

fablyrr a écrit:
Si dans le sujet a coté avec meme titre mais marqué PANDORe lol!

La honte je l'avais pas vu, je vais me cacher, j'ai honte
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MessageSujet: Re: [werewolf : wild west] ireland departure LACENAIRE   Lun 29 Jan - 15:14

T'as raison, cache-toi :P

Ceci dit la suite viendra après "reformatage". Petit et passager problème de temps et de "hors sujet". cat
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MessageSujet: Re: [werewolf : wild west] ireland departure LACENAIRE   Mar 30 Jan - 14:43

Alors ouala la suite, et ce n'est pas de la ouate. J'ai pris des libertés, j'en ai ris. Ca, c'est dit. Encore une fois ce ne sont que des essais, je ne m'en cache point. pig

*

Il a passé sa jeunesse dans les contes de fées. De ce fait il a parcouru plus de royaumes enchanteurs qu’aucun chevalier, sauvé des princesses à la dizaine et terrassé autant de dragons qu’un Georges. Tout cela à l’abri de ses couettes, dans les jardins de Dublin et sur des terrains vagues, qui se multipliaient aux abords des industries. D’un amas de métal Jack faisait une créature terrifiante, que seul un preux avait une chance de vaincre. A coup sûr l’enfant gagnait, l’obligeant à chercher toujours plus loin de nouvelles quêtes. Si son Père le rabrouait – le garçon n’arrachait-il pas des larmes d’inquiétudes à sa Mère ? – on ne l’empêcha pas de s’aventurer en la ville. Plus vif qu’une anguille, Jack échappait à quiconque voulait le restreindre.
Son éducation en fit les frais.
Des tuteurs se succédèrent, sans qu’aucun ne parvienne à l’intéresser plus de quelques cours. L’enfant ne savait que faire de ses dix doigts, sa culture se résumait aux noms des héros d’antan. Il lisait avec emphase, toujours à voix haute, mimant les actes des protagonistes, des contes, sans se soucier d’histoire ou de géographie. Qu’en ferait-on, de cet héritier sans jugeote ? Il savait parler, empruntant à ses idoles chimériques des formules brillantes. Un politique, avec un bon siège au conseil municipal ? A l’évocation de cette idée, en sa présence, comme de tout autre projet concernant son avenir, Jack se révoltait. Parfois quittait la table finement dressée, partant à la rencontre de défis plus terribles encore. Les années passèrent ainsi, sans que personne ne trouve de solution à son problème ; de toute façon nul n’aurait pu mettre un terme aux errances du garçon : une voix, minuscule mais pressante, lui contait des gestes autrement plus anciennes que celles des livres. Fluet, ce qui n’enlevait rien à sa détermination, l’intrus sous son crâne ressassait des histoires de lutte et d’honneur, de sacrifice et d’urgence. Le Ver venait. Sous aucun prétexte les épées liges de Gaïa ne devaient Le laisser dévorer Phoebe et sa Sœur, Terre Mère. Cette voix prétendait se nommer Talk-with-water, de jour, et Doux Rêveur, la nuit venue.
C’est justement un soir que tout bascula.
Il rentrait d’une de ses escapades, furetant tout du long des ruelles et des avenues encombrées, naviguant entre les épaves puis, chemin faisant, ces bonnes gens de son quartier huppé. Malgré ses quatorze automnes, Jack paraissait presque un homme fait. Allure discrète, musculature nouée, nerveuse, dissimulée sous d’amples chemises, tignasse désordonnée, l’œil alerte et vif. Sa grâce défiait les rares lourdauds qui lui cherchaient des noises ; un pas de côté, auquel succédait une avalanche de coups secs, suffisait généralement à les dissuader d’y revenir. Jack ne connaissait certainement pas les capitales des Etats du monde, mais il savait se défendre. Il avait cela dans le sang, cette espèce de fureur contenue, qu’il partageait avec son ami imaginaire, celui occupant son esprit. Cette nuit-la, comme attentif, Doux Rêveur se taisait. De réverbère en carrefour, l’adolescent regagna son nid douillet, bien loin des turpitudes d’Irlande – famine et misère. Pour y trouver sa douce Mère, en grande partie dénudée et le flanc arraché, allongée dans l’entrée. Pareille à une poupée désarticulée, les yeux grands ouverts et vitreux. Du sang formait une maigre flaque, née d’un pauvre ruisseau dégringolant depuis les marches menant à l’étage. Bref et intense, un cri jaillit depuis le salon, suivi d’un râle d’agonie. Comme hypnotisé, Jack s’y glissa, ses membres et tous ses muscles agités de soubresauts. Déjà des griffes lui déchiraient les ongles. Cinq silhouettes, énormes et velues, tout en crocs et ergots, y grognaient. Leur alpha laissa, du bout de ses doigts griffus, choir le corps de Père sur les tapis importés d’Orient. Un voile rouge, un spasme de trop. Jack bondit, mua le temps d’atterrir sur le dos du monstre. Il se métamorphosa en une bête semblable, bien que plus légère et agile, sans leur lourdeur et leur cuir épais, ce pelage dru. Mais tout aussi forte. Il planta ses griffes dans l’échine du meurtrier, s’agrippant à son bassin à l’aide de ses pattes antérieures, sans relâche, jusqu’à sentir se fendre les os et se crever les organes. Un coup de coude cueillit le louveteau au museau, l’envoyant bouler. L’alpha hurla, fit volte-face, prêt à fondre sur Jack. Puis s’effondra, terrassé, crachant du sang à gros bouillons par tous les orifices. Pas un endroit de sa personne, qui recouvrait une forme humaine, n’était sain et sauf. L’adolescent se redressait presque aussitôt, groggy et la patte mal assurée. Perplexe, le reste de la meute marqua une pause malvenue : Jack bondit au dehors, gagna les toits et se lova contre le sein de la nuit, à l’abri des regards, à l’ombre d’une haute cheminée. Ici, il le savait pour y avoir déjà passé de longues nuits, personne ne le trouverait.
Il ne trouva pas le sommeil durant presque une semaine.
Au terme de laquelle sa maison trouvait de nouveaux propriétaires ; la dépouille de son Père fut remise à des gens endeuillés, des adultes pour l’occasion rasés et propres, ce qui ne les empêchait pas d’exhaler une sauvagerie à couper le souffle. L’un d’eux, la face ravagée par – qui sait ? – la patte furieuse d’un ours réclama le cadavre de l’inconnu retrouvé là, percé de toute part. L’officier irlandais acquiesça, certes à contrecoeur, mais que pouvait-on refuser aux Londoniens ? Jack assistait à la scène, calfeutré derrière des tonneaux, ses mâchoires crispées. Qui étaient ces gens, vils assassins ? Il le savait, maintenant. Au nom prononcé par le mutilé en noir, Aristide Hamilton, l’adolescent gronda. Sa victime de la nuit dernière, son propre oncle, venu punir le sang de son sang, la chair de sa chair, son frère. Marié et heureux avec cette roturière du cru. Ceux qui récupérèrent le corps de sa Mère, deux heures plus tard, n’étaient vêtus que de hardes, aussi étaient-ils venus de nuit, pour ne pas effrayer les autochtones fortunés. Ils emportèrent la carcasse, après s’être vus refusée toute succession. Le pavillon, aux allures de manoir, regorgeait pourtant d’argenterie et de tapisseries, de livres et de trésors. Les Anglais en deuil firent main basse sur le tout, sans coup férir. Que n’auraient-ils pas tout abandonné pour se saisir de Jack !
Hélas pour eux, ils ne furent par la griffe qui cueillit ce louveteau.
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MessageSujet: Re: [werewolf : wild west] ireland departure LACENAIRE   Mar 30 Jan - 14:44

Suspect juste pour en mettre un, d'émoptitcon

*

La chance revint à un jeune homme d’une grande beauté, affublé d’une riche mise accordée à son teint d’albâtre. Le cheveu long, lisse et d’or, l’œil bleu et acéré du prédateur. L’inconnu traquait Jack depuis deux jours, sans paraître se presser, toujours à deux coins de rue de l’adolescent. Lequel, maintenant vêtu de tissu grossier, traînait sur ses talons une petite troupe de gamins dépenaillés, que la nécessité et la compassion l’avaient poussé à protéger.
A leur côté Jack avait appris.
S’il se savait malin, sans jamais en abuser autrement que pour fuguer, il s’ignorait aussi souple. Des quatre repas quotidiens dont il se défiait auparavant, bien au chaud au coin d’une cheminée, il se contentait maintenant d’une collation pour trois, une fois par jour. L’idée d’un bon bain fumant ne le répugnait plus : au contraire, il en appelait un de toutes ses forces, sans grand résultat. Grâce à ses compagnons d’infortune, parce qu’il taillait en pièces, la nuit venue, leurs prédateurs, Jack s’adapta à la rue. Les patrouilles, les proxénètes et les malfrats, il apprit à les éviter sans coup férir. Rapidement la manche et le pickpocket devinrent ses nouveaux hobbys ; sa mine déconfite le servait à merveille pour le premier, ses doigts d’or pour le second. Plusieurs fois ils purent s’offrir le luxe d’une chambre miteuse, grenier vaguement aménagé en dortoir. Là, au moins, Jack profitait d’un demi sommeil : les assassins courraient toujours, à sa recherche. Cela, il ne pouvait pas l’ignorer. Ils étaient de la même trempe, d’une même sauvagerie. Jack n’oublierait pas les corps – désarticulés et sanglants – de ses parents ; eux ne pardonneraient pas l’humiliation subie ce soir-la.
Leur rencontre semblait inévitable.
Mais ce ne fut pas ainsi que l’adolescent l’avait imaginé. Ce jeune homme, presque albinos, aux vêtements immaculés, exception faite de son haut de forme, vint naturellement vers eux, un après-midi. Jack, prit d’une peur panique, les entraîna à sa suite dans une course folle. Ils bousculèrent des passants, manquèrent de peu de renverser un landau, esquivèrent un agent de police, jusqu’à rejoindre leur planque, une cave désaffectée et que l’humidité ne rongeait pas tout à fait. Il était là, à les attendre, nonchalamment appuyé sur sa canne d’ivoire, le sourcil arqué par l’amusement. Ce fut ainsi deux longues journées durant. Finalement, à bout de souffle et terrassés par la fatigue, les galopins achevèrent de courir au cœur d’un terrain vague. Jack se redressa, fixa l’enclos qui les séparait de Dublin, vit venir l’inconnu. Flanqué d’une épaisse créature grotesque, vaguement fauve, quelque peu simiesque, au poil rare mais argenté. Sur un cri unanime, sa clique prit la fuite, ignorant les crampes qui la terrassaient. Seul Jack attendit que vienne lui l’étrange duo ; à trois toises de lui, le dominant de toute sa hauteur, la monstruosité, l’œil alerte, se campa. L’autre s’approcha et lui tendit une main délicate, après l’avoir extraite d’un gant de soie blanche rehaussé de légères dentelles. Son regard, trouble et captivant, figea l’adolescent, qui serra brièvement cette main.
« Alors voilà notre louveteau, dit-il. Celui qui a, pour son plus grand malheur, occis le Briseur, ce maudit Hamilton. Je doute, à te voir si frêle, que tu ais tué le Briseur. Lui qui était réputé invaincu, à juste titre, méritait une fin meilleure. Que par ta main il vienne enfin à mordre la poussière… quelle ironie. »
Jack cilla, incapable de se détacher de l’anonyme.
« Ton innocence ne te pardonne pas cette crétinerie, louveteau. Tu nous mets dans de beaux draps. »
Détachant chaque syllabe avec mépris, le gentleman n’en éructait pas moins, dépité.
« Toi, le métis, poursuivit-il à l’adresse de son compagnon difforme, saisis-toi de notre meurtrier, qu’on puisse le présenter au Caern. »
La bête sembla rechigner, mal à l’aise. Elle grogna quelque chose de vaguement compréhensible ; l’absence de fourrure autour de sa gueule révélait son cuir parcheminé. Des cicatrices relevaient la vallée de rides et de gras qu’était son museau.
« Je… il a battu le Briseur ? »
« Ceinture-le, paria ! Il est soumis à ma volonté ! s’emporta l’inconnu. »
Ainsi fut fait, Jack se laissant aller aux intonations de cette voix, langoureuse et suave. Le jeune homme consulta son oignon et, alors que le soleil déclinant se reflétait sur le verre poli, ouvrit une porte au travers de la réalité. Un passage béant et lumineux, duquel s’échappaient des vents tantôt méphitiques tantôt enchanteurs.
« L’Umbra proche, lui précisa sa petite voix. Le monde des esprits. Bienvenu chez toi… »
Et, sur son rire enfantin mais profond, Jack s’évanouit.
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MessageSujet: Re: [werewolf : wild west] ireland departure LACENAIRE   Mer 31 Jan - 14:36

:lg: Troisième partie en deux jours.

*

Une caverne aux proportions respectables, traversée par un vague cour d’eau. En son centre un feu brûlant avec ardeur, pour chasser le froid. Autour de ce digne bûcher des gens, assis ou dressés. Faces diverses, vieilles ou jeunes, qui le scrutaient ou le jugeaient déjà. De tous les genres, grêlées de cicatrices ou sereines, ces faces le dévisageaient. L’une d’elles, énorme, avec un œil vitreux – une vilaine balafre la zébrait du front au menton – se contenta d’un franc sourire. La brute à laquelle appartenaient ces traits se releva. Du haut de ses sept pieds, elle prit à témoin les autres convives d’un geste ample.
« Voilà ce qui a brisé notre Briseur, dit-il. Un simple gosse, qui n’a pour armes que son assurance et sa hargne. Nous n’allons tout de même pas sacrifier à ces chiens un louveteau qui s’est vengé ? Cela tient de l’insensé ! »
La dizaine d’inconnus soupira en chœur.
« Dans quel merdier nous met cet insolent ? rétorqua celui qui l’avait trouvé. Frapper un ancien, pire, l’occire ! Inconscient ou non, dans son bon droit ou non, il ne mérite qu’un jugement rapide. Qu’on le livre à ces gens, puis bon débarras ! Une fois ces anglais partis, quelle qu’est été la raison de leur présence, nous nous sentirons tous mieux. Voilà ce que j’en dis. »
Le colosse ricana, se prit de lisser sa barbe, épaisse et cuivrée.
« Voilà ce que j’en dis, gronda-t-il. Ce gamin a vaincu le Briseur. Je vais t’avouer une chose, Croc d’Argent : le mort ne me brisait rien d’autre que les couilles, avec ses grands airs et ses réclamations. Si d’aventure sa meute revient avec quelque exigence que ce soit, je les défie sur-le-champ, sans préavis. Ce môme promet, tiens-le toi pour dit, et ne revient plus me bassiner avec tes désirs d’allégeance à ces rosbifs. Je ne ploie que devant le Dragon ! »
« Je… »
Une légère voix, assez rare pour que chacun tende l’oreille vers elle, s’éleva.
« Et si nous laissions s’exprimer l’accusé, puisque nous en avons un ? »
Une vieille, toute courbée, bien qu’assise sur une pierre plate. Elle tenait ainsi à la grâce d’un long bâton de chêne, fermement arrimé au sol. Tous se retournèrent vers Jack, entre les mains du monstre difforme. Qui, l’adolescent la humait à pleins poumons, puait la peur. Il se tut, les mâchoires crispées, les poings serrés. Une force qu’il était bien incapable d’identifier l’empêchait de changer de forme. Sans quoi il aurait fui. A nouveaux.
La brute explosa d’un rire tonitruant.
« Sa rage contenue me donne des fourmis, s’exclama-t-il. C’est un gueulard qui sait se taire, lui… »
Il cligna d’un œil à l’attention du beau jeune homme, qui s’embrunit à vue d’œil.
« … tous nos confrères ne peuvent pas en dire autant. Qu’on le sauve : je me porterais garant de ses frasques. Allez, qu’on m’amène un Anglais, j’ai soif de sang et de fureur. »
« Tout doux, le reprit la vieille. »
L’autre se calma de suite, à s’en rasseoir en silence.
« Approche, mon garçon. »
Jack s’exécuta.
« Plus près, viens que je puisse te toucher, insista-t-elle, alors que l’adolescent se campait simplement auprès du feu. Tu disais appartenir à la maison Hamilton, n’est-ce pas ? »
Il acquiesça. La vieille parut songeuse.
« Les héros ne sont pas rares, en cette lignée. S’il n’en apparaît pas un une génération durant, c’est à coup sûr pour la suivante. Je me souviens de tes parents, de braves gens. »
Jack accusa le coup. Il ne s’était pas fait à leur absence, n’y songeait même pas.
« Ils décidèrent, parce que leur romance ne pouvait qu’attiser le brasier de la haine, de quitter notre peuple pour s’unir ailleurs. Quel grand malheur ce fût pour nous. Une sourde tristesse devrait nous accabler, mais te voilà devant moi, fruit de leur amour. »
Elle sourit, prit entre ses mains celles de l’adolescent. La vieille perdit son sourire. Ses yeux se voilèrent, elle grogna quelque chose d’inaudible.
« Entends-tu des voix, mon garçon ? s’enquit-elle. »
« Je… il m’arrive de… »
« Oui ou non ? »
Elle venait d’abandonner son costume de grand-mère, se parant des atours princiers qui étaient les siens. Sous cette chair fripée battait un cœur forgé au feu des deuils et des batailles.
« Oui… »
« Que tu sois né sous une Lune pleine me contrit quelque peu, trancha l’ancienne. Cet aïeul qui t’habite le déplore certainement. »
Autour du brasier les regards se firent plus inquisiteurs ; la brute et le Croc d’Argent se scrutaient en silence ; d’autres visages se renfrognaient.
« Quel est le verdict ? s’impatienta le colosse. »
« Il est bien des nôtres, voire bien plus ! Ce meurtrier de môme est pour ainsi dire la réincarnation de Talk-with-water. Jamais le Dragon ne nous laissera l’abandonner aux Anglais, quoiqu’il en coûte. »
« Même une guerre ? croassa le blond gentleman. »
« Penses-tu que le Dragon désapprouve un peu de sang ? se railla le borgne. Dis-moi, ancienne, qui est cet aïeul si respecté ? »
« Le fondateur de la maison Hamilton, premier maître des Rites de ce Caern depuis sa réouverture. Sans lui le Dragon n’aurait pas été sauvé, il serait aujourd’hui un mignon du Ver. »
Pour toute réponse il siffla d’admiration, se leva pour s’approcher de Jack. Il le toisa de toute sa hauteur, aussi dédaigneux que possible.
« Et demains, dit-il, tu me montreras comment on brise le Briseur, ainsi que tu l’as fais. J’aimerais bien voir cela. »
L’affaire était entendue.
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MessageSujet: Re: [werewolf : wild west] ireland departure LACENAIRE   Mar 6 Fév - 14:40

Hop hop hop.
Sur je ne sais quelle impulsion j'ai emprunté cette première phrase à Marilyn Manson... Suspect

*

« Norm life, Kid. Raise to be stupid, taught to be nothin’ at all. »
Par ces mots Bran se définissait assez bien. Fils de fermier, petit-fils d’agriculteur, arrière petit-fils d’un planteur d’orge, le jeune homme surprenait sans cesse son monde. Sous des atours mal dégrossis, tignasse rousse en guise de pompon, le Ragabash dissimulait un esprit vif et acéré. Jack d’abord le prit en grippe. Il parlait presque tout le temps, ce campagnard à l’accent horripilant. Il se ridiculisait, tout en entraînant à sa suite les victimes de ses farces. Et, le pire, il amusait la galerie. Par deux fois un des Anglais manqua de l’étriper sur place, avant que le borgne ne remette à sa place l’étranger : sous ses semelles notoirement crottées. Dès cet instant Jack prit son parti en toutes choses. A force d’aventures les deux en arrivèrent à s’apprécier.
Ned, lui, accusait assez mal les quolibets de son benjamin.
Si sa physionomie, agréable au demeurant, en faisait un Galliard apprécié – le jeune homme n’était-il pas le digne descendant d’un barde de légende ? – elle le desservait lorsque sonnait l’hallali. En mêlée Ned manquait de force et de vigueur. Ses doigts, qu’il avait de magiques, ne pinçaient et ne grattaient avec succès que les cordes d’un instrument, non celle d’un arc. Ou bien la gâchette d’une arme à feu : la moindre détonation lui arrachait des cris de douleur. Son ouie était aussi sensible que lui, selon toute vraisemblance. Au coin d’un feu Ned était votre meilleur allié. En combat il ne valait pas son poids en étron. Il fallait sans cesse le protéger et le secourir. Parce que Jack appréciait les contes du jeune barde, il s’y collait plus souvent qu’à son tour. Redoublant de rage et de fureur, l’adolescent se jetait tête baissée dans les rangs adverses, afin d’épargner à Ned une mauvaise posture.
Catelyn ne réclamait jamais aucune aide.
La plus jeune de sa meute, avec ses moues de gamine et son caractère de femme. Elle avait, semble-t-il, quitté son foyer – une boutique dans un recoin de Belfast – du jour au lendemain. Pour venir ici, à l’appel d’un esprit du cru. Le Sept l’avait accueilli à bras ouverts. Enfant de Gaïa et Philodox, née sous une demie Lune rousse, la môme menait la vie dure à celles et ceux qui l’entouraient. Pas que ses caprices furent nombreux ou virulents, non. Bien au contraire : elle ne se plaignait jamais, ignorait le sens du mot douleur, ne pleurait que de joie et attendait de chacun qu’il fasse de même. Toujours au cœur des batailles, à déchirer les jarrets des ennemis et se jeter dans les jambes des plus épais. Puis, l’accalmie venue, proposer des soins jusqu’aux mieux portants. En elle coulait la sève de Gaïa, d’après l’ancienne. Une fontaine de jouvence n’aurait fait mieux. Catelyn baladait partout sa tignasse d’automne, l’Umbra aux alentours du Caern n’avait pour elle plus de secret. Elle rabrouait régulièrement Jack, selon elle trop silencieux.
Alors qu’à Gueule Plissée elle ne disait rien.
Aucune des gentillesses dont la gamine gavait tous ses autres compagnons. Peut-être le métis l’effrayait-elle ? Pour ainsi dire il était repoussant. Pareil au premier jour, lorsqu’il emportait Jack à la suite du gentleman, avec ses touffes de poil et son cuir fripé. Trop épais et l’œil trop torve. Il ne se déplaçait avec un peu de contenance que sous sa forme Crinos ; autrement ses pieds traînaient sur le sol, sa maigre carcasse empêtrée dans ses plis l’empêchant de forcer le pas. Deux oreilles disgracieuses lui tombaient presque les temps. Jack n’avait connu cette horreur que sous le nom de Gueule Plissée, bien que le Théurge fût baptisé autrement. Sa Tribu le répugnait au moins autant qu’elle le répudiait ; les Crocs d’Argent vivaient sa présence bon gré mal gré, lui les supportait depuis sa prime enfance. La Nation Garous n’avait pour lui aucun secret. Il en connaissait les plus petits recoins, savait des légendes que peu avaient jamais entendues. Pourtant on ne lui prêtait que peu d’attention. Ainsi, à la faveur de son discrédit Gueule Plissée écoutait pulser le pouls des siens. Etonnant qu’il ait survécu au massacre à venir : peut-être des esprits, que le métis gardait par devers lui, vinrent à sa rescousse.
Car personne ne se bougea pour l’y aider.
Alors qu’il ne pouvait que peiner pour les suivre dans leur fuite. Quelle meute était-ce là ! Cinq auspices réunis, vaillants et déterminés à bousculer le Ver et ses agents. Leurs anciens au passage si nécessaire. Aussi longtemps que leur Rite de Passage fut repoussé, la faute aux augures, ils ne causèrent que des troubles. Jack se laissa aller à cette explosion de joie, sans la mener ni la motiver. Comme si la meute, encore anonyme, avait quelque chose à prouver au reste de Dublin. Plus particulièrement aux Anglais, que Jack trouva un soir au Caern. Leurs vêtements de deuil tombés, les assassins passaient aisément pour Monsieur Tout le Monde, exception faite des cicatrices de guerre de leur nouvel alpha. Celui aux balafres. On venait tout juste de décider que l’adolescent rejoindrait les autres louveteaux. C’était une année riche en sang neuf : déjà une jeune meute avait été formée. Ceux-la n’attendaient pas autour du feu que reviennent Jack et les siens. Les Anglais, si. Il avait fallut toutes les peines du monde pour séparer le colosse et leur alpha, partis dans une danse funèbre, les yeux vissés et les babines retroussées ; sous sa forme Crinos le borgne dominait les flammes, ses griffes traînaient sur le sol rocailleux. L’autre, en face, n’avait pas la moindre chance – recroquevillé sur lui, grognant de dépit. Encore un peu, Jack y aurait mis sa main au feu, et le balafré jappait de peur. Leur doyenne frappa doucement sur un petit tambour, au moins aussi vieux que le Caern, pour que toute rage s’évapore. L’adolescent, qu’un gardien en faction maintenait fermement loin des adultes, se sentit vidé, appelé au repos. Si une haine farouche l’animait, ce n’était plus pour aller écraser des trachées et broyer des membres. Son âme réclamait une justice, sans étancher sa soif de sang.
Sous son crâne la voix émit un rire bon enfant.
« La mort, insistait le balafré. S’attaquer, de dos, à l’un des nôtres, aussi noble que le regretté Briseur, ne mérite que cela. »
« Il a raison, l’appuya un de ses subordonnés, de petite allure mais à la voix ferme. Faisons cela vite, sans lui infliger trop de douleur : une dague en argent suffira amplement. »
La consternation gagna l’assemblée.
« Plongée droit dans le cœur, voilà qui serait pour le mieux… »
… le gentlemen, placé de façon à se prémunir de la brute, qui le dévisageait froidement, de l’autre côté du feu.
« Soit ! beugla l’énorme borgne. Qu’on le tue ! Et après ? »
« Que… pardon ? hoqueta la vieille. »
« Que cet imbécile de Jack Hamilton meurt, se répéta le barbu. Mais à une seule condition. »
« Laquelle ? »
Un brouhaha, diffus et discret, s’éleva de l’assistance.
« Qu’un de ces foutus Anglais en avertisse le Dragon. A votre place… »
Il désigna d’un geste large les convives.
« … j’aimerais ne pas être celui qui lui fera cette annonce. Encore moins celles et ceux qui le lui cacheront. »
« Pourquoi ne pas le faire vous-même ? s’emporta le balafré. Seriez-vous, finalement, un lâch… »
« Ni un lâche ni un fou, gronda le barbu. Mais permettez que je vous renvoie la balle : n’auriez-vous pas les couilles d’annoncer au Dragon que vous avez sacrifié un de ses enfants chéri ? Allons, allons, il faut pourtant du courage pour réclamer la mort d’un louveteau. Un puceau qui a massacré votre précédent alpha, sans plus d’effort que cela. Alors, tentés par une visite au Totem de ce Caern ? »
Un effroyable silence accueillit la déclaration. En chien de faïence – Jack le nota – les Anglais se dévisageaient, au pied du mur. Rompant les méditations de chacun, la vieille parla à son tour.
« Quoiqu’il en soit il m’apparaît impossible de juger un louveteau, trancha-t-elle. Néanmoins il devra, une fois pleinement des nôtres, répondre de ses actes. Ils sont bien trop graves pour être ignorés. »
« Qu’il subisse son Rite de Passage ! s’exclamèrent en chœur les Anglais. »
Le gentleman les imita, d’un simple murmure, juste un souffle perdu dans la cacophonie.
« Lorsque les augures seront favorables, promit-elle. »
Une lueur de malice au fond des yeux.
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MessageSujet: Re: [werewolf : wild west] ireland departure LACENAIRE   Mar 6 Fév - 14:41

:P Lace', machine en marche et chaudières hurlantes Laughing

*

D’abord les Anglais pestèrent : le Rite tardait. Il fallait, au regard de la lignée des louveteaux, des circonstances bien précises – une demie Lune qu’aucun nuage de souillerait. Puis, presque à en perdre contenance, ils s’exaspérèrent : l’heure enfin venue, le colosse devait prendre sur lui et partir éradiquer des Fomoris. Or il appartenait au guerrier de participer au rituel.
« En l’honneur du Dragon, expliqua, presque maternelle, la vieille. »
Pendant ce temps la meute courrait par monts et par vaux, toujours plus loin en Dublin et ses campagnes. Surprenant par la naïveté de leur incursion les bêtes du Ver, ils éradiquaient sans faiblir des créatures égarées ou solitaires. Parfois de petits groupes d’esprits malfaisants et dispersés. Ils apprirent. Bran à frapper pour déconcentrer un adversaire, Catelyn à jeter au sol les siens, Jack à les abattre sur place. L’adolescent bondissait, esquivait d’un roulé-boulé, plantait finalement ses griffes au cœur où au cerveau. Si tant est que son ennemi en possédait. Sinon il arrachait organes et tentacules, ne mordait que si la chose en face paraissait peu toxique. Insaisissable, toujours en mouvement, il zigzaguait entre les créatures, lacérait des tendons et perçait des articulations. Ceux de sa meute ne comptaient pas sur lui pour faire des prisonniers.
« Face à eux, lui dictait sa voix, la moindre des choses est de compatir. »
Entre deux morsures.
« En les abattant sans faiblir. La pitié est l’apanage des faibles. La compassion avant tout. Jamais de pitié. »
Jack excellait donc, bien que malgré tout leurs chasses fussent souvent infructueuses. Le Ver ne se dénudait que pour de bonnes raisons, point par plaisir. Sa traque était aussi dangereuse que difficile. Heureusement, si l’on put dire cela, Gueule Plissée savait différencier les fumets du Ver ; il arriva que, perdu dans la foule, il repère un Fomoire, en plein centre de Dublin. Alors qu’une puanteur sans pareille y obstruait les narines des Garous. Le métis distinguait d’un reniflement un homme possédé par un Flaïel d’un Danseur de la Spirale Noire en vadrouille – cela n’arriva qu’une fois, de quoi prouver à ses comparses que le métis avait l’odorat fin.
Pas assez pour prévenir la catastrophe finale.
Jaillies des entrailles de l’Umbra, les créatures fondirent sur le Caern, flots incessants de silhouettes affreuses, ergots suintants de venins et tentacules luisants. Autant, si ce ne sont plus, de gueules affamées et pourvues en crocs acérés. Jack ne le comprit que trop tard, mais c’était là une bataille perdue d’avance. En sous nombres, surpris en leur demeure ancestrale, les Garous ne sauraient faire face. Il tailladait des Fomoires isolés, évitant avec plus ou moins de succès les assauts des bêtes et de ses frères frénétiques, quand l’ordre lui brisa le cœur.
« Fuyez ! »
Après quoi le louveteau vit s’élancer une dernière fois le colosse et mourir, les entrailles à l’air, l’ancienne. Alors, prenant par le cou Ned, quasiment tétanisé par la scène, Jack talonna les gens de sa meute, en quête de la lumière du jour. Tout du long des boyaux menant à l’extérieur, ils eurent loisir d’entendre les cris d’agonies, précédés de hurlements enragés. De plus en plus rares, jusqu’à ce qu’ils s’éteignent pour de bon, non loin de la sortie. Tels des pétales un soir de tempête, les jeunes Garous s’éparpillèrent en Dublin. Certaines meutes se virent séparées, Bran veilla à ce que personne de la sienne ne le quitte des yeux. Jack, épuisé par la brève bataille, quelque peu entaillé ici et là, peinait. Ils gagnèrent au petit matin un abri que les adolescents espéraient sûr, une simple cave, de celles que Jack affectionnait. Là, d’une oreille et d’un œil, ils s’endormirent, se laissant aller à des cauchemars. Personne n’entendit ni ne vit Gueule Plissée.
Le métis, jusque là oublié, leur revenait sans piper mot.
Peut-être était-ce lui que repérèrent les Anglais ? Il les mena certainement à la planque, bien involontairement. Ned dévisageait le Théurge, alangui sur ses plis épais, plus fatigué qu’eux tous. Bran feignait de l’ignorer – certainement pour mieux dissimuler quelque honte. Jack se remettait. Même les soins de Catelyn, trop affairée à bander les flancs de l’orphelin pour remarquer le métis, paraissaient ne pas suffire. Seul du temps remettrait sur pied l’Ahroun.
« Bordel, pestait-elle, quel besoin as-tu eu de te jeter dans cette foutue mêlée ? Regarde-toi : il s’en est fallu de peu que tu y crèves, toi aussi ! »
Il restait de marbre, tout occupé à se relaxer. Et à réfléchir, ainsi que le faisaient Ned et Bran. Que faire ? Où se rendre, quelle aide quérir ? Comment ? Avec un métis en sus, qu’espérer trouver comme secours chez les Garous ? Au mieux une aide informelle, au pire un refus net et brutal. Jamais aucun Griffe Rouge n’accepterait, par exemple, de prêter main forte à la meute. Qui n’en était même pas une…
Pareil à un beau diable, un Crinos bondit parmi eux.
Tout en défonçant dans son élan un mur peu épais. Catelyn et Jack furent projetés, fétus de paille, à l’opposée de la cave humide. La bête arborait des runes sur tout le corps, un air peu commode et ses quatre cents livres de muscles. Bran la chargea tête baissée, tout en changeant – trop lentement – de forme. Un coup de patte le renvoya d’où il venait ; Ned se glissait à peine dans son dos qu’un poing lui fracassait l’épaule. Jack se redressait déjà, le poil hérissé et de deux coudées plus grand. Le tout n’avait pas pris plus de trois souffles. La suite ne s’éternisa pas davantage. Le louveteau évita de justesse un égorgement en règle, passant ainsi sous la garde de son adversaire. Avant de le larder de coups de griffes, suffisamment pour étourdir le Garou. Catelyn fit le reste : d’un bond maladroit elle se jeta sur l’ennemi, lui arrachant par erreur la moitié du crâne. Par mégarde elle s’était rattrapée à ce qu’elle trouvait. La dite tête, où elle planta ses griffes avant de tomber tel un poids mort.
Un silence froid accueillit son dernier râle.
Il reprenait forme humaine, trapue et solide, le visage parcouru d’une constellation de tâches de rousseurs. Avec ses effets personnels, pour l’occasion un costume bien coupé et ensanglanté. Ned, aussitôt remis, s’approcha de la dépouille. Il en fouilla les moindres recoins d’une main avide. Sur le sol recouvert de débris de mauvais plâtre s’accumulèrent des trésors : une chevalière qui valait son pesant d’or, cette petite broche, elle aussi d’or, sur son col, la montre du même métal et, pour finir en beauté, la liasse de billets. Bran en siffla d’admiration.
« Cassons-nous, grogna Catelyn. »
De la foudre, tout droit tombée des yeux de la môme, s’abattait sur Jack.
« Où ? s’en étonna Ned. »
Voix fluette mais trop rare pour ne pas y prêter attention.
« N’importe où, mais le plus loin et le plus rapidement possible, proposa Bran. »
« Rendons-nous au port le plus proche. Mais d’abord revendons ce qui peut l’être, au meilleur prix possible, trancha Ned. »
« Tu t’en charges, déclara Catelyn. Tu pourras en tirer un magot, à coup sûr. Bran, tu l’accompagnes et tu le protèges, d’accord ? Et, pour l’amour du Ciel, arrêtez de tirer des tronches d’enterrement ! Débarrassons le plancher, sans traîner des savates ! Allez ! »
Jack, abasourdi, revêtit sa forme originelle, nu comme au premier jour. C’est ainsi, dans le costume rougi de sang – vaguement nettoyé à l’eau – qu’il se présenta à quai, le jour du départ venu. Entre-temps, à la grâce de l’argent gagné de si funeste manière, ils se déplacèrent sans cesse. De chambres de bonnes au prix exorbitants en hangars loués pour deux sous, en attendant que des places soient disponibles pour l’exode. Par milliers ils partaient, les irlandais. Chaque mois, puis chaque semaine, des familles entières tentaient de traverser l’Atlantique. Un périple qui devait vite se muer en traversée infernale. Qu’importe, à vrai dire, puisque Jack sort de ses rêves : le crépuscule s’est enfin imposé. Ce dont il ne peut se défaire, par contre, c’est le regard de Gueule Plissée. Le trajet durant le métis n’a eu de cesse de le dévisager, tandis que l’ostracisme de sa meute pesait à Jack.
Un regard pesant et d’une ironie à déchirer les âmes.
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MessageSujet: Re: [werewolf : wild west] ireland departure LACENAIRE   Mar 6 Fév - 15:02

... je ne sais pourquoi, mais depuis Jeudi je suis pris d'une fièvre créatrice, qui ne veut plus me lâcher... cat

*

Jack se garda bien de redorer son blason, la traversée durant. Il y avait mieux à faire, pour tout dire : survivre, appréhender l’aube et redouter le crépuscule. A l’heure de la première on entassait les corps de ceux qui n’avaient pas passé la nuit sur le pont, afin de les rendre à l’Atlantique. Rapidement l’aumônier fit parti du lot qu’on balança par-dessus bord, il fallut improviser des psaumes. L’adolescent venait, chaque matin, suivre d’un œil curieux les tas de dépouilles, toutes plus molles et spongieuses les unes que les autres sur le bois du pont, ou alors aussi craquelées qu’une branche gelée. Certains jours les offrandes aux abîmes faisaient s’activer trois marins, qui basculaient les morts à l’aide d’une simple planche arrimée au bastingage.
Au soir venu les prédateurs étaient de sortie.
Fauves trop humains, les dents noircies par le manque d’hygiène, en quête de distraction. Ils se retrouvaient dans les recoins les plus obscurs du navire, y jouer puis s’y égorger. Ivrognes, parieurs, parricides et meurtriers se donnaient rendez-vous, à l’affût d’une proie. Plus Jack en traquait, plus la masse gangrenée semblait croître. Peut-être les épidémies en produisaient d’autres, de ces agresseurs en maraude ? L’Ahroun n’y mit que plus de cœur. Il arriva qu’un membre d’équipage, dûment armé, remarque qu’un parterre semblait récuré avec vigueur. Là où la nuit précédente un loup des temps anciens brisait et saignait la carcasse d’un violeur. Pour tout l’or du monde Jack n’aurait pas semé la panique sur le rafiot, aussi prenait-il soin d’effacer toute trace de ses forfaits, pour autant que cela paraisse ridicule. Malgré ses efforts une rumeur embrasa les esprits, surtout ceux des plus superstitieux.
« Une Banshee nous a suivis, disait une vieille à l’agonie, à ses petits enfants crasseux venus lui rendre hommage. »
« Non, susurrait à qui voulait l’entendre un jeune homme en fuite. Nos cairns et nos vieilles prières nous ont bénis : l’esprit vengeur est là, qui châtie les coupables et protège les innocents. »
« Charabia chrétien, rétorquait un imprimeur ruiné, parti pour se refaire ailleurs. Ce ne peut être qu’un fou, celui qui fait disparaître ainsi les criminels. Tant que cela reste entre pouilleux de tout bord, vaille que vaille, je m’en félicite ! »
Sous les couchettes, alignées au fond de la grande cale, des enfants jouaient à se faire peur.
« C’est toi que la bête attrapera, se taquinaient-ils. Pour t’enserrer entre ses mâchoires et te manger tout cru ! »
« Chut, quelqu’un arrive ! »
Jusque dans la cabine du vieux Capitaine, qui songeait déjà à refuser ce périple – il y avait perdu trop d’hommes, en sus de son crédit auprès de la bonne société de Dublin et de Belfast.
« Encore deux disparitions aujourd’hui, lui lisait son second. Trois tentatives d’agressions et une confirmée, six cas de dysenterie et le double de quarantaines. Autant de plaintes pour abus et de paris illicites découverts. En prime… »
Ce second, trop chétif et chiffe molle pour ce genre de voyage, déglutît.
« … en prime ? s’impatienta son vieux Capitaine bougon et grisé par un scotch à se damner. »
« Une rumeur, Monsieur. Il se peut qu’un esprit rôde aux alentours, décimant les malotrus et épargnant celles et ceux qui n’ont rien à se reprocher. »
Ce même officier devait à son tour manquer à l’appel ; on l’avait vu embêter une fille, le soir précédent, alors qu’il se croyait à l’abri des regards. Comme tous les autres on ne le retrouva jamais.
Restaient les épidémies, pour rendre l’odyssée horrible.
L’eau croupissait, la nourriture se gâtait. Petit à petit le mal gagnait du terrain, avec son tribut habituel : d’abord les anciens et les nourrissons, pour mieux s’attaquer aux bien portants. Catelyn se proposa pour soulager les malades. Sa gaieté et son énergie firent des merveilles, jusqu’à frôler le miracle : elle sauva deux ou trois nouveaux-nés, un aïeul, que le destin condamnait pourtant. Par une nuit sans Lune Gueule Plissée mena un rite de purification, loin des yeux, à la faveur d’une fête que donnait l’équipage – en l’honneur des putains qui étaient du voyage, et donc des festivités.
La maladie en pâtit sur-le-champ.
D’autres infectés reprirent des forces, le mécontentement, de peu, manqua de se muer en allégresse. Petit à petit, malgré la fatigue et l’amertume, les sourires revenaient. Il arriva que des exilés se promènent sur le pont, peu de temps après qu’on eut versé à l’Atlantique son loyer, en dépouilles sonnantes et trébuchantes. Tout allait pour le mieux, Jack espérait un soir n’avoir à démembrer personne ; Catelyn somnolait dans un coin de la cale ; Bran la surveillait d’une paupière bien lourde, tandis que Ned lisait un livre retrouvé dans les affaires d’un défunt, entre des lettres et des chemises élimées par la sueur. Leur Ahroun regagnait cette antre, dont ils avaient faits, sans y prêter attention, leur territoire. Un renfoncement carré de vingt pieds d’arête, sous un toit bas mais sec, presque à hauteur de tête. Il traversait pour cela un couloir étroit, malmené par des volées de marche en série, grinçantes et usées. Au bas d’une de celles-ci, jaillit des ombres, un poignard lui lacéra le torse. Une lame droite, sans fioritures, courte mais aiguisée.
Jack changea de forme sans même y penser.
Eu-t-il noté que l’éclat de l’arme était d’argent, cela aurait-il changé quelque chose ? Il gagna en masse, son cuir s’épaissit, un soupçon de griffes saillaient de sous ses ongles. L’étroitesse du lieu surprit l’adolescent : un second coup de taille lui fendit quasiment la face. Sur son passage le tranchant mordait les chairs, jusqu’à les faires grésiller. De l’argent, anathème par excellence. L’assaillant se révéla, poussant son avantage ; ce n’était qu’un petit bonhomme malingre, sur la trentaine, avec des airs de noblesse. La chevelure pour ainsi dire blanche, teint pâle et regard aussi pénétrant que son parent, le Croc d’Argent aux allures de gentleman. Il abattit sa lame, pour n’y trouver qu’un estomac d’homme – Jack reprenait forme humaine, prévenant ainsi la morsure du métal. L’Ahroun hurla, à l’agonie, ses mâchoires dénudées déversaient des flots de sang. Une fois de plus la lame perça son estomac, certainement d’autres organes. Un livre, épais volume de contes et de légendes, relié cuir et captivant, s’écrasa sur le flanc de l’agresseur, qui tarda à faire volte-face : erreur fatale, car, depuis le temps, Ned avait gagné en assurance, bien que sa carcasse ne suive pas cet élan. Le freluquet fracassa l’inconnu contre les marches, l’y encastrant pour de bon. Jack s’affaissa, essoufflé, abattu. Par la suite, jusqu’à destination, il fut prit de fièvre, avec des pics et des accalmies. Jamais cette cicatrice, qui surpassait même la compétence de Catelyn, ne devait le quitter ; profonde, assez saillante pour attirer les regards, au travers de la joue droite, se parant d’un nœud sur les lèvres, souvenir d’une nuit comme tant d’autres.
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MessageSujet: Re: [werewolf : wild west] ireland departure LACENAIRE   Jeu 8 Fév - 13:40

... demain, fin de cette première partie. Qu'on se le dise... cat

Lace', "annonces sans intérêts"
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MessageSujet: Re: [werewolf : wild west] ireland departure LACENAIRE   

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[werewolf : wild west] ireland departure LACENAIRE
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